Les archives : comment trouver des documents et comment les utiliser ?

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Sur les 1 310 déportés du Convoi 77, les historiens Sandrine Labeau et Alexandre Doulut ont retrouvé 1 119 dossiers de régularisation d’état civil ou de demande de reconnaissance du statut de déporté au SHD-DAVCC (Service Historique de la Défense – Direction des Archives des Victimes des Conflits Contemporains). Ils ont numérisé 30 000 documents qui sont mis à la disposition des participants du projet.

Quels sont les types de documents disponibles au SHD-DAVCC ?

« Il s’agit souvent de dossiers d’état civil ou de demandes d’attribution du statut de « déporté politique », puisque c’était ainsi que les juifs étaient considérés lors de la création de ce statut en 1948 », explique Sandrine Labeau. Cette dernière précise que la mention « mort en déportation », qui figure aussi dans les dossiers, existe quant à elle depuis 1985.  Ces dossiers contiennent souvent au moins un acte de naissance et un certificat de décès. Mais aussi parfois des certificats de mariage ou des photographies. Ils sont alimentés à la fois par les informations données par les familles qui ont besoin de documents et par les propres recherches documentaires des agents du Ministère des Anciens combattants.

Le SHD-DAVCC dispose aussi d’un fond appelé « anciens classeurs », des documents émis par Ministère des Anciens combattants lorsqu’aucune demande n’a été formulée par les familles.

Enfin, on y trouve une dernière source : le Fichier National des déportés, internés, fusillés et travailleurs (FN), constitué en 1945 par le ministère des Anciens combattant. Les informations sont parfois maigres, mais chaque déporté a au moins une fiche.

« Tous ces dossiers et le fichier FN permettent d’accéder aux lieux de naissance, à certaines adresses et à des liens de parenté. Cela permet de recomposer une partie de l’histoire personnelle des déportés », indique Sandrine Labeau.

 

Quelle méthodologie pour exploiter ces documents ?

Toutes les informations recueillies par Sandrine Labeau et Alexandre Doulut au cours de leurs propres recherches sur les déportés du convoi 77 (date de naissance, adresses, date d’entrée à Drancy, matricules) ont été compilées dans un tableau Excel. « Il s’agit d’une base de travail pour réaliser la biographie. On peut ensuite la compléter avec des éléments de contexte plus généraux sur l’histoire de la Shoah », pointe Sandrine Labeau.

L’historienne indique qu’il est ensuite possible d’enrichir les recherches en faisant appel aux Archives départementales des lieux où ont vécu, ont été internés, ont été arrêtés les déportés, aux fonds du Mémorial de la Shoah, mais aussi, pour les déportés nés à l’étranger, aux dossiers de naturalisation et aux dossiers d’étrangers (fonds de Moscou), tous deux conservés aux Archives nationales, ou encore aux dossiers de spoliations, également aux Archives nationales. Enfin, les Archives nationales disposent aujourd’hui d’un accès aux archives numérisées de Bad Arolsen (un certain nombre de documents sont accessibles en ligne).

« On peut trouver dans ces fonds des photographies, des cartes d’identité, des adresses », explique Sandrine Labeau. Il suffit ou de se rendre ou d’écrire aux archives qui peuvent aider aux recherches ou faire parvenir des documents numérisés. Pour compléter les recherches, le site du Mémorial Yad Vashem et du Mémorial de l’Holocauste de Washington mettent à disposition des bases numériques qui contiennent de nombreux documents.

 

Par où commencer ?

Sandrine Labeau indique qu’il est pertinent de partir de l’arrestation et de remonter le fil pour guider les recherches. En demandant par exemple aux Archives départementales ou municipales si elles ont des documents sur un déporté ou un membre de sa famille, ce qui peut conduire à obtenir des informations supplémentaires par ricochet. Pour les personnes nées à l’étranger et qui ont demandé la nationalité, les dossiers de naturalisation sont des sources importantes les demandeurs y notent toutes leurs adresses, ce qui permet de recomposer leurs itinéraires à travers l’Europe et d’avoir des informations sur toute la famille.

Pour certains rescapés, Alexandre Doulut et Sandrine Labeau ont indiqué dans le tableau Excel la cote (AN F9) de témoignages recueillis après le retour des rescapés par le ministère des Anciens combattants et conservés aux Archives nationales. « Ces témoignages racontent le parcours des rescapés ainsi que des choses générales sur les camps, mais ils sont à prendre avec du recul : certains déportés ne savaient pas exactement ce qui se passait dans l’ensemble des camps et commettent parfois des erreurs ou rapportent des ouï-dire. Il faut donc les mettre en perspective avec le travail des historiens », indique Sandrine Labeau.

 

Que faire si je n’ai pas beaucoup de documents ?

« Les informations du tableau permettent de lancer les recherches et de réaliser une courte biographie », souligne Sandrine Labeau. Elle recommande aux enseignants de faire des pré-recherches grâce aux ressources des archives locales, du Mémorial de la Shoah et des Archives nationales. Les archivistes spécialisés de tous ces lieux sont d’une aide précieuse et peuvent proposer de parcourir d’autres fonds.

Si la masse de document reste maigre, ce n’est pas forcément un problème, comme en témoignent les travaux des 3e du collège Charles Peguy de Palaiseau. Leur enseignante d’histoire, Claire Podetti, a parfois travaillé à partir de bien peu de documents : « c’est aussi ça l’histoire de la Shoah : la volonté de faire tout disparaître, toutes les traces. Les élèves le comprennent très bien ». Dans ce cas, elle a approfondi le contexte, et traité des éléments culturels de la vie juive avant la Seconde Guerre mondiale de façon historique, en lien avec des œuvres littéraires, artistiques ou musicales. Les élèves ont par exemple réalisé une deuxième biographie de type dialogique pour retranscrire le témoignage de la fille d’un déporté et imaginer le dialogue qu’ils auraient pu avoir.

1945- Les rescapés juifs d’Auschwitz témoignent, Alexandre Doulut, Sandrine Labeau et Serge Klarsfeld, Éd.FFDJF- Après l’oubli, 2015.

 

Pour aller plus loin : Archives : quels fonds documentaires mobiliser pour les recherches ?

Voir la biographie de Jankiel Fensterszab

Voir la biographie de Lucienne Klotz

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