Zelda VALÉRO, NÉE LEVY (1872-1944)
Zelda Valéro (née Lévy ou Levis) est née en 1872 à Barcelone (Espagne).
Elle a été arrêtée au 3 rue Pétion dans le XIe arrondissement de Paris[1] en juillet 1944.
Un seul motif : elle était juive.
Nous ne savons que peu de choses sur Zelda. Son prénom officiel était Zimhul (parfois orthographié Zemboul). Elle a été mariée à Moïse Valéro[2], qui avait adopté le prénom français de Maurice, et a vécu à Constantinople (Turquie) avant de s’installer en France.
Sa carte de déportée indique qu’au moment de son arrestation, en 1944, Zelda était veuve. L’est-elle déjà quand elle arrive en France ?
Zelda et Maurice ont eu un fils et trois filles, tous nés à Constantinople. L’aîné était Victor, né en 1894, mort en 1959 ; ensuite, ce sont les trois filles : Esther, dite Alice, née le 25 mai 1904, avec laquelle Zelda a été déportée (Alice Abouav) ; Louise, née en 1906 et morte en 1955 ; et Suzanne, dite Suzy, née le 15 août 1909, morte en déportation sous son nom d’épouse : Suzanne Ventura, avec ses deux enfants en bas âge. Elle a été déportée par le convoi 64 du 7 décembre 1943[3]
La « petite Turquie »
Nous ne connaissons pas la date exacte de l’arrivée en France de Zelda, mais une information contenue dans le dossier de sa fille Alice Abouav[4] indique qu’Alice est arrivée en 1923. Par déduction, nous pouvons estimer que c’est après le 11 novembre 1923. En effet, ce jour est celui de la naissance de son petit-fils Albert Abouav, à Constantinople. En 1925 et 1927, naissent à Lyon deux autres de ses petits-enfants Abouav, Rachel et Maurice (Moïse).
On peut supposer que, depuis son arrivée à Marseille, la famille a cheminé vers le Nord, faisant une pause à Lyon avant de rejoindre la capitale. En tout cas, une quatrième petite-fille Abouav (Zelda) naît en 1928 en banlieue parisienne, à Épinay-sur-Seine. Deux autres petits-enfants Abouav suivront, Joseph et Benjamin.
À son arrivée en France, Zelda vit au 6, rue Mercœur dans le quartier de la Roquette, dans le XIe arrondissement de Paris, avec sa fille Suzie Ventura et sa famille. Mais en 1931, elle ne figure pas dans le recensement de ce groupe d’immeubles où vivent des dizaines de familles d’un milieu populaire et où les personnes nées à l’étranger sont rares.
Zelda et sa famille font partie de ces milliers de Juifs qui ont émigré de l’Empire ottoman vers la France, et se sont regroupés dans des villes du Sud (Marseille, par où ils débarquent du bateau, Avignon, Nîmes, puis Lyon, etc.). Mais ils furent nombreux aussi à préférer tenter leur chance directement à la capitale, où ils retrouvaient parfois de la famille ou des amis.
C’est ainsi que le quartier populaire du XIe arrondissement devint, en quelques années, leur point de chute favori. Là, ils retrouvaient des personnes qui, comme eux, parlaient le judéo-espagnol (ladino), fréquentaient des cafés juifs turcs ou grecs et reconstituaient une convivialité orientale dans laquelle ils avaient grandi. Les commerces leur permettaient de conserver leurs habitudes culinaires. L’artisanat s’y est développé ; des oratoires et autres lieux de prière pour la communauté juive sépharade s’y sont implantés. Le quartier, entre Bastille, la place Voltaire et le cimetière du Père-Lachaise, est alors à ce point imprégné de culture judéo-espagnole qu’on le surnomme « la petite Turquie ».
L’adresse à laquelle est arrêtée Zelda, le 3 rue Pétion, quasiment à l’angle de la rue de la Roquette, non loin de la « petite Roquette », la prison des femmes, est également celle où a vécu un autre déporté du convoi 77, Marco Adato. C’était un hôtel (et cela l’est toujours). Zelda y vivait avec sa fille, Alice Abouav, après la déportation du mari de celle-ci et de trois de leurs enfants. Des scellés avaient été posés sur la porte de son domicile (voir la biographie d’Alice Abouav sur ce site)[5].
L’ARRESTATION ET LE CAMP DE DRANCY
Le flou demeure dans les récits sur l’arrestation de Zelda. D’après des indications, sans doute données par la famille, Zelda n’aurait pas été arrêtée, car elle aurait été de nationalité espagnole, donc citoyenne d’un pays « neutre ». Or ce n’est pas indiqué sur ses papiers, et, par ailleurs, le fait qu’elle soit née en Espagne ne lui donne pas automatiquement la nationalité espagnole, d’autant qu’elle était mariée avec un Juif turc. Toujours d’après le récit familial, Zelda se serait rendue au commissariat pour demander à être emmenée avec sa fille et ses petits-enfants. Or, Alice Abouav n’est pas arrêtée avec ses enfants. S’agirait-il plutôt de l’arrestation de sa plus jeune fille, Suzie, déportée avec ses enfants Joseph et Colette en 1943 (convoi 64), et chez qui elle habitait ? Comme nous allons le voir plus en avant, un indice peut corroborer cette thèse : le numéro de matricule de Zelda à Drancy. Et l’adresse de son domicile officiel.
Mais revenons à son arrestation en juillet 1944.
Nous ne savons pas exactement quel jour elle s’est produite, mais le 11 juillet, Zelda arrive à 23 heures, avec sa fille Alice, au Dépôt de la préfecture de police de Paris, en compagnie d’autres personnes arrêtées dans son quartier, comme Victoria et Lévy Saban. Elles en sont extraites le lendemain à 15 heures pour être « convoyées » à Drancy par un policier français, avec d’autres détenus qui seront également déportés le 31 juillet.
Zelda est internée le 12 juillet 1944 à Drancy. Elle laisse « à la fouille » les 48 francs qu’elle avait sur elle, comme en témoigne le reçu qui lui est remis.
Drancy : Fiche de fouilles de Zimboul Valero 12 juillet 1944
Mémorial de la Shoah
Sur cette fiche, son numéro de matricule : 9042. C’est un numéro ancien, qui ne correspond pas à ceux qui sont attribués aux internés arrivés en juillet 1944 (Alice Abouav internée en même temps qu’elle reçoit le matricule 25.088). Ce numéro à quatre chiffres indique que Zelda a déjà été internée à Drancy. En effet, sur la fiche de fouilles de sa fille Suzie, datée du 26 novembre 1943, on remarque le matricule 9043. Mère et fille ont bien été internées ensemble en 1943 à Drancy. Pourquoi et comment Zelda est ressortie du camp, nous ne le savons pas encore. L’hypothèse de la nationalité espagnole, ou encore turque, est à considérer.

Drancy : Fiche de fouilles de Suzanne Ventura née Valero, 26 novembre 1943
Mémorial de la Shoah
Le départ pour Auschwitz
À partir du 12 juillet 1944, Zelda reste dans ce camp de transit deux semaines, dans une chambrée dans le bâtiment des femmes. Était-elle avec sa fille Alice ? Probablement. En tout cas, certainement lors de la dernière nuit à Drancy car, pour celle-ci, les familles (hommes, femmes et enfants mélangés) étaient réunies.
Elles seront embarquées ensemble le lendemain matin à l’aube dans des bus de la compagnie parisienne, conduites à la gare de Bobigny. Puis enfermées à 60 personnes dans des wagons à bestiaux, sur de la paille. Les wagons étaient plombés, quasiment aucun air ne filtrait. Pour boire, un seau d’eau ; pour l’hygiène, en guise de « tinette », un autre seau. Et quelques vivres. Promiscuité, saleté, manque d’air, impossibilité pour tous de s’asseoir (d’autant que la « tinette » a vite débordé et s’est renversée avec les mouvements du train), et l’angoisse ont fait de ce voyage un enfer. Certains n’y ont pas survécu, qui sont restés, morts empilés dans un coin des wagons jusqu’à l’arrivée à Auschwitz. Ce ne fut pas le cas de Zelda, dont sa fille précisera qu’elle est morte dans les chambres à gaz[6].
Le Convoi n°77 arrive dans la nuit du 3 au 4 août à l’entrée du camp d’Auschwitz-Birkenau. Dans un climat de terreur, sur le quai, les médecins nazis opèrent une sélection entre les déportés qui peuvent travailler et les autres (personnes âgées, malades, enfants, femmes avec enfants, femmes au-dessus de la quarantaine, hommes au-dessus de la cinquantaine, environ.) Âgée de 72 ans, inapte au travail, Zelda est envoyée vers les camions qui l’emmènent vers les chambres à gaz aux côtés de 835 autres déportés (dont 60 hommes seuls d’un wagon qui ont tenté une évasion).
Une photo de Zelda, celle qui figure en tête de cette biographie, a été fournie par des proches aux autorités françaises pour la rechercher, après la libération des camps. L’adresse indiquée de la personne qui la recherche est 79, rue St Maur. Très probablement celle de son fils, Victor ou d’un membre de la famille Lévy.
Mais, il ne semble pas qu’un dossier ait été déposé pour faire reconnaître sa déportation. Une fiche indique « Espagnole, veuve. 4 enfants. Domicile : 6 rue Mercœur. Paris 11e. » À la main sont ajoutées des mentions : « MP 25-285 le 20/3/46 et Cert. Dép. 276710 ; 22 / 6 / 1946 (fille) ». Un certificat de déportation a été remis à sa fille le 22 juin 1946.
Une autre fiche, plus complète, indique que Zelda est née Levy à Barcelone. Ses dates d’entrée (12 juillet 44) et de sortie (31 juillet) de Drancy sont accompagnées de son non numéro de matricule. À côté de l’indication Fichier Drancy, est indiqué « Recensement », ce qui signifie qu’elle s’est faite recenser comme « Juive » selon l’obligation de l’ordonnance allemande du 27 septembre 1940.
Alice, sa fille avec laquelle elle a été déportée, envoyée au « blok 24 A »[7] est revenue dans un état déplorable et ne s’en est jamais sortie, vivant jusqu’en 1962 entre un hôtel, la maison de sa sœur Louise (épouse Angel) et des hospitalisations psychiatriques. Elle meut à l’hôpital de Dreux en 1962.
Louise, épouse de David Angel, est morte le 26 février 1955, en son domicile, 48 rue Basfroi (Paris 11e). Son frère lui a survécu de peu. En effet, Victor, qui était artisan en parapluie, demeurant 81 rue Saint-Maur, est mort à Agon, dans la Manche, au lieu-dit « plage de Passous », le 27 août 1959. Le 21 mars 1961, au 48 rue Basfroi, le veuf de Louise meurt à son tour.
Benjamin et Joseph, les deux enfants cachés d’Alice Abouav ont survécu, de même que leur frère Albert et leur cousin Jacques Angel.
Le nom de Zelda Valéro figure sur le Mur des Noms du Mémorial de la Shoah, sous l’année 1944.
Cette biographie a été réalisée par les élèves de la classe de TG1 Terminales Européennes Espagnole (de l’année 2024-2025) du Lycée Michel-Ange de Villeneuve-la-Garenne (92), sous la direction de Ludivynn Munoz et Marion Gibert.
Notes & références
[1] Fiche d’arrestation, dossier VALERO, Zelda, SHD de Caen DAVCC, Dossier n°27 P 8350
[2] https://www.cetaitautemps.net/pages/autour-d-esther-angel/famille-abouav-valero.html
[4] SHD Caen, dossier 21 P 695 356. Alice Esther est mariée avec Jacobo, dit Jacques, Michon Abouav, déporté en 1943 par le convoi 52, dit « des Marseillais », à destination de Sobibor, avec trois de leurs enfants, Rachel, Zelda et Maurice. Ils résidaient 6 passage Rochebrune. Selon un blog de sa petite-fille, Sandra Abouav, Jacques était le fils d’un riche commerçant du bazar d’Istamboul. Le grand frère Albert confie Joseph, 6 ans, et Benjamin, 4 ans, à l’OSE, qui les cache. cetaitautemps.net
[5] D’autres déportés du convoi 77 vivant dans le quartier, craignant les arrestations à domicile, après s’être fait enregistrés comme Juifs, selon les dispositions de la loi du 2 juin 1941 sur le recensement des Juifs, se sont installés dans des hôtels. L’adresse officielle de Zelda (sur la liste reconstituée du convoi 77) est le 6 rue Mercœur, où vivait sa fille Suzy avant sa déportation.
[6] Témoignage manuscrit d’Alice Abouav, rédigé en 1954, remis par son fils Albert au Mémorial de la Shoah. Ce texte, écrit par une femme qui ne s’est jamais remise de son traumatisme et en est morte en 1962, est poignant.
[7] Ce bâtiment est un bordel destiné aux « prisonniers méritants ». 200 femmes y ont été employées comme du bétail.
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