Mathilde JAFFE TURPYN (1925-2020)
Nous sommes des élèves du collège Les Blés d’or de Bailly-Romainvilliers et avec nos professeures de français et d’histoire, nous nous sommes engagés auprès de l’association Convoi 77 pour écrire la biographie d’une déportée du dernier convoi du 31 juillet 1944, parti du camp de Drancy.
C’est ainsi que nous avons commencé à travailler sur Mathilde Jaffé, une jeune adolescente au moment de la guerre et de son arrestation. Nous avons reçu des archives concernant son arrestation et nous avons aussi découvert que Mathilde, rescapée de l’horreur de Birkenau, a pu témoigner et raconter, en 1996, ses souvenirs. Elle a été interviewée dans le cadre du projet amorcé par Steven Spielberg : après avoir réalisé le film, La Liste de Schindler, il a pris conscience de l’urgence de récolter le témoignage des survivants avant qu’ils ne disparaissent. C’est ainsi qu’il a créé une association : « Survivants de la Shoah-fondation de l’histoire audiovisuelle ».
Trois heures et quarante-sept minutes de témoignage recueillis sur huit cassettes, où nous découvrons Mathilde à 69 ans. Son récit nous a bien sûr aidé à mieux la connaitre, elle et sa sœur, mais nous avons essayé de rédiger une biographie au plus juste, sans faire une simple transcription de ses souvenirs.
Notre professeure d’histoire est entrée en contact avec sa fille, Sylvie Turpyn, et nous espérons être fidèles à la mémoire de Mathilde. Nous vous invitons à lire son témoignage sur le site deportesdelyon.fr et à lire la biographie de sa sœur Esther, réalisée par nos camarades cette année. Le site internet www.deportesdelyon.fr dresse un portrait de Mathilde et sa sœur avec des photos et le témoignage de Sylvie Turpyn.
C’est avec conviction que nous effectuons ce travail de mémoire au nom de tous les disparus de la Shoah.
© Mémorial de la Shoah
Mathilde Jaffé est née le 7 novembre 1925 dans le 7ᵉ arrondissement de Lyon. Sa famille est juive séfarade originaire de Turquie. Ses parents sont Haïm (dit Aron Haïm) Jaffé, né en 1898 à Constantinople (Istanbul aujourd’hui,) en Turquie, et Caden/Kadina Ganon, née en 1906 à Nazili (au sud d’Izmir), en Turquie également.
Haïm avait pris les papiers de son frère Aaron pour fuir le service militaire (auxquels étaient soumis les Juifs depuis l’instauration de l’égalité des citoyens) et s’installer en France en 1923.
Il débarque à Marseille, ville où il exerce le métier de vitrier. Il envoie de l’argent à Kadina pour qu’elle puisse le rejoindre un an plus tard. Mais ils n’ont pas l’intention de rester dans la cité phocéenne et vont déménager à plusieurs reprises.
Ils emménagent d’abord à Lyon, au 18 rue Tramassac, et c’est dans cette ville que Mathilde naît. Esther, sa sœur, naît près de deux ans plus tard, le 18 septembre 1927. Ils vont ensuite s’installer à Rive-de-Gier, une commune entre Saint-Étienne et Lyon, où un petit frère prénommé Salomon naît en 1930. En 1933, ils rejoignent de la famille à Annemasse : la grand-mère maternelle de Mathilde y est déjà installée, ainsi que Rose, une tante maternelle, mariée à un Genevois.
Mathilde n’a que des souvenirs heureux de cette première partie de son enfance avec des parents aimants et heureux. Dans son témoignage, elle parle « d’une vie merveilleuse », d’un bel appartement, des parcs et jardins.
Son père vendait des tissus puis des patrons pour tabliers et, avec sa femme, ils sont devenus couturiers, puis « marchands forains » : ils vendaient sur les marchés et à la braderie d’Annemasse. Mathilde se souvient qu’elle faisait les marchés avec ses parents pendant les vacances.
À la maison, on parlait français, mais aussi turc, espagnol et ladino (le judéo-espagnol, vieil espagnol que parlaient les Juifs chassés d’Espagne et du Portugal à la fin du XVe siècle qui se sont installés dans l’Empire ottoman) avec sa grand-mère, et grec avec sa mère et de nombreux amis.
La famille était très religieuse, elle respectait le rite du shabbat le vendredi soir, qui était une soirée importante, et les traditions religieuses.
Mort de la mère et orphelinat Rothschild en 1937
Malheureusement en 1937, la maman de Mathilde meurt à la suite d’un avortement clandestin. C’est un traumatisme pour Mathilde qui n’a que 11 ans. D’autant plus que les fillettes, sur le conseil d’une de leur tante, sont envoyées à l’orphelinat Rothschild en septembre. Leur père ne peut pas s’occuper seul des trois enfants.
L’orphelinat se trouve dans le 12ᵉ arrondissement de Paris, rue de Lamblardie, et il a été fondé et est dirigé par la baronne Germaine de Rothschild. C’est une femme aimante et attentive pour Mathilde. Celle-ci se souvient de l’été 1938, au château de Saint-Ouen (l’Aumône), quand l’orchestre Ray Ventura[1] et ses collégiens vient chanter. Les visites de la baronne sont toujours des grands moments pour Mathilde[2], qui voit peut-être en elle une figure maternelle de substitution.
Germaine de Rothschild accueille aussi avec l’aide de sa secrétaire, Hannah Arendt[3], des enfants réfugiés d’Europe centrale au château de la Guette, près de la propriété familiale de Ferrière, sur la commune de Villeneuve-Saint-Denis (en Seine-et-Marne), à seulement 7 km de notre collège.
LA GUERRE, MAIS LA VIE CONTINUE
Les deux pensionnaires passent généralement leurs vacances à Berck-plage, en bord de mer, dans le château des Rothschild. C’est là qu’elles apprennent la déclaration de guerre à l’été 1939, puis la débâcle au printemps 1940. Les fillettes et leurs surveillantes n’ont pas pu rejoindre la ville de Douvres pour gagner l’Angleterre comme l’espérait la baronne Rothschild. Celle-ci avait affrété un navire en baie de Somme pour les évacuer au Canada, mais les Allemands ont envahi la Belgique et elles ont dû rebrousser chemin à pied. Elles restent un an à Berck-plage puis elles reviennent à Paris à l’été 1940, car la baronne craint les bombardements allemands sur la côte. La baronne et son mari partent à New York, via le Portugal, en 1940, mais elle continue à donner des directives et conseils.
La vie reprend son cours dans l’orphelinat et Mathilde passe son certificat d’études en 1940. Elle veut ensuite passer son brevet de couturière et suit des études dans une école de couture dans le 12e arrondissement. Elle fait des travaux de couture pour ses camarades et sa sœur. Mathilde veut être couturière, tandis qu’Esther se rêve en coiffeuse.
À l’orphelinat, Mathilde et sa sœur Esther reçoivent une bonne éducation variée : Esther joue du piano par exemple. Elles reçoivent aussi un enseignement religieux juif.
En janvier 1941, quand les Rosensthiel partent à la retraite, c’est le couple Cohen, Fernand et Suzanne, qui prend le relais : ils vont compter dans la vie de Mathilde longtemps. Mathilde les adore, elle apprend tout grâce à eux, les savoirs, les humanités, la musique… Evelyn Kann, pensionnaire elle aussi, témoigne de la modernité apportée par les Cohen à l’orphelinat notamment en mélangeant dans les classes garçons et filles : « les Cohen ont apporté un modernisme et une ambiance totalement différente[4] ». Professeur de physique-chimie au lycée Rollin de Paris, Fernand Cohen est un « Juif du pape », descendant de Juifs installés en France depuis des siècles. Interdit d’exercer dans des établissements publics en raison des lois antisémites prises par Philippe Pétain, il est nommé directeur de l’orphelinat de la rue Lamblardie.
Après que le gouvernement de Vichy a mis en place sa politique de collaboration avec Hitler et, à la demande des autorités nazies d’occupation, il a donné son accord pour que toutes les œuvres et associations juives passent sous le contrôle de l’Union générale des israélites de France (UGIF), un organisme créé de toutes pièces le 29 novembre 194. Les œuvres philanthropiques de la baronne Rothschild lui sont transférées. L’UGIF[5] reprend la tutelle de l’orphelinat, « l’Orpho ».
Le père de Mathilde et Esther et leur petit frère ont déménagé à Marseille en 1940. Haïm s’est remarié en 1942 avec une amie de Kadina, prénommée Esther. Le couple a deux enfants ; en 1942, Maurice, et en 1944, Rosette. Haïm tente alors de récupérer ses filles à l’orphelinat, mais c’est impossible, car les fillettes y sont placées jusqu’à leur majorité, soit 21 ans à l’époque[6]. Cependant, le contact n’est pas rompu, du courrier et de l’argent sont envoyés régulièrement par Haïm à ses deux filles et elles reçoivent des visites. Une tante Violette, qui habite en région parisienne, reste en contact avec elles.
Mathilde prend des cours d’instruction religieuse et passe son examen d’initiation avec le Grand Rabbin de la synagogue de la Victoire, habillée tout en blanc.
Les pensionnaires apprennent la solidarité et l’entraide. Mathilde surveille le dortoir des petits garçons quand la surveillante n’est pas là. Marcel Goldberg s’en souvient : elle dormait sur un petit lit avec eux, racontait des histoires amusantes et c’était une belle jeune fille de 17 ans qui avait beaucoup de succès auprès des garçons.
C’est une jeune fille engagée et courageuse, qui, entre ses cours, pour gagner un peu d’argent, s’occupe des bébés à la pouponnière de Neuilly de l’UGIF. Son emploi du temps est bien rempli. Malgré son étoile jaune cousue sur son manteau et l’interdiction de monter dans un autre wagon que le dernier dans le métro, Mathilde se déplace dans la ville. Elle suit des cours de secrétariat à l’école Pigier, boulevard Bonne-Nouvelle et apprend la couture à l’école de travail (ORT) de la rue des Saules, à Montmartre.
Elle a 15 ans et elle aime la vie, la musique, les amis et danser le swing : elle aime l’orchestre de Ray Ventura et Charles Trenet qu’elle va voir chanter (malgré l’interdiction).
Étoile juive, rafles et insécurité
En zone occupée, après la mention « JUIF » ou « JUIVE » sur les cartes d’identité imposée en octobre 1940, le port de l’étoile jaune devient obligatoire au printemps 1942, pour les Juifs âgés de plus de six ans.
Mathilde raconte que les filles passent fièrement devant un commissariat pour se rendre à leur école tous les jours malgré les risques.
Cependant, dans les orphelinats, on commence à disperser les enfants par crainte des rafles qui ont commencé dès 1942 au cœur même des centres. Le 16 juillet 1942, lors de la rafle du Vel d’Hiv’, la police française est venue à l’orphelinat et y a arrêté les sœurs Becker, notamment.
L’orphelinat subit de plein fouet la grande rafle entre des 10 et 11 février 1943 contre les Juifs étrangers à Paris. La dernière petite sœur Becker, Edith, est arrêtée ainsi que Fanny Broche[7].
Hélène Berr[8] en témoigne dans son journal : « C’est toujours la même histoire de l’inspecteur de police qui répond à madame Cohen lorsque dans la nuit du 10 février (1943) il est venu arrêter treize enfants à l’orphelinat, dont l’aîné avait 13 ans et la plus jeune 5 : « Que voulez-vous madame, je fais mon devoir ! » Le devoir comme une chose indépendante de la conscience, de la justice, de la bonté, de la charité, c’est là la preuve de l’inanité de notre prétendue civilisation… »
La décision est prise de fermer l’orphelinat de la rue Lamblardie[9], très proche de l’hôpital Rothschild, devenue une annexe de Drancy pour les malades et invalides. Mathilde transite d’abord par la maison de l’Association israélite de protection de la jeune fille, rue Montevideo, à partir du 14 février. Elle rejoint ensuite Esther à l’internat du 9 rue Vauquelin[10], qui, elle, y est déjà depuis le 1er janvier 1943. En mars 1943, toutes les filles juives de plus de 15 ans sous la garde de l’UGIF se retrouvent à cet internat du Ve arrondissement, dont la directrice est madame Mortier. Elles sont environ une trentaine. Une photo des « filles de Vauquelin » est disponible sur le site du Mémorial de la Shoah, sur laquelle on voit Mathilde et Esther.
Des liens forts vont se créer entre ces jeunes filles et notamment entre Mathilde et Victoria Jacqueline Amon, dont on trouve le témoignage sur le site du Mémorial de la Shoah[11].
Mathilde a de bons rapports avec sa sœur, elle se souvient de ses beaux cheveux roux, de sa beauté et elle dit d’elle « qu’elle était son soleil ». Elles ont failli être plusieurs fois arrêtées, dont une fois quand elles sont allées écouter Charles Trenet chanter « douce France ». Elles s’y sont rendues en fraude, car elles n’ont pas droit en tant que juives[12] d’assister à un spectacle.
Un jour cependant, à la suite d’une dispute, la directrice décide de séparer les deux sœurs : Esther est placée dans un autre centre de l’UGIF, rue Secrétan, dans le 19e arrondissement. C’est pour cela qu’elles ne seront pas arrêtées ensemble, mais se retrouveront à Drancy.
JUILLET 1944 : ALOÏS BRUNNER FAIT RAFLER LES ENFANTS ET ADOLESCENTS DES MAISONS DE L’UGIF
Le débarquement du 6 juin 1944 donne de l’espoir à tous, mais les filles restent vigilantes. Elles craignent les rafles.
Mathilde s’est liée avec un jeune policier du poste de police au coin de la rue. Ils sont convenus qu’il doit lui faire un signe s’il y a un risque d’arrestation. Malheureusement, le 21 juillet, il n’est pas de garde[13] et c’est dans la nuit que Mathilde et ses camarades sont réveillées par des coups sur la porte, la sonnerie et des cris.
Les jeunes filles et le personnel de l’internat sont arrêtés en pleine nuit alors qu’ils étaient au lit. Elles se retrouvent en chemises de nuit et pieds nus sur le carrelage froid. Selon Mathilde, c’est la milice française qui procède aux arrestations, mais c’est faux. Jacqueline Amon témoigne et déclare avoir ensuite reconnu un des hommes français venus les arrêter. Elle témoignera après la libération à son procès. Une fille fait une crise d’épilepsie (ou crise de nerfs ?) sur le sol avant le départ, est-ce Ida Friedmann, dont certains rapports du personnel d’encadrement de l’internat nous apprennent sa fragilité et préconisent un départ à la campagne ?
La directrice du centre, madame Mortier, reste avec ses pensionnaires. Elles sont bousculées et forcées de monter dans une camionnette bâchée où elles sont entassées : elles sont 33. Elles sont amenées au camp de transit de Drancy en banlieue parisienne. Yvette Lévy raconte : « Nous avons chanté pendant tout le trajet pour nous donner du courage. L’entrée dans le camp de Drancy s’est faite aussi en chanson ; nous avons réveillé tout le monde [14]».
Mathilde racontera ensuite qu’à ce moment-là, elle n’a pas peur, car c’est la mort de sa mère qui reste le choc le plus important de sa vie. Les autorités du camp laissent finalement sortir la directrice pour qu’elle aille chercher les affaires « de ses enfants chéris ».
Yvette Lévy témoigne « pendant 3 jours, nous sommes restées en chemises de nuit ; c’est la directrice du foyer, madame Mortier qui est retournée chercher nos affaires. À défaut de valises et de sacs à dos, elle a fait des baluchons avec des draps ». Elle rapporte des affaires et le courrier.
C’est à ce moment que Mathilde apprend, dans une lettre de sa belle-mère, la naissance de sa demi-sœur, Rosette. Inconsciente de ce qui les attend, Mathilde retrouve à Drancy avec joie Esther le lendemain, puisque des rafles sont organisés dans toutes les maisons d’enfants UGIF de la région parisienne. Sa sœur lui dit que si elle n’avait pas été arrêtée, elle se serait rendue de son plein gré pour la retrouver. Mathilde assure qu’elle aurait fait la même chose.
Huit jours à Drancy
Lors de la fouille à Drancy, Mathilde est forcée de donner ce qu’elle a : argent et bijoux, dont son médaillon en or avec la photo de sa mère que sa tante Violette lui avait donnée. Esther se sépare de sa chevalière. Nous avons la fiche d’entrée à Drancy d’Esther où il est noté qu’elle avait 5 francs en sa possession. (Voir biographie d’Esther Jaffé). Elle reçoit le matricule 25.496.
Au sein du camp, Mathidle retrouve un résistant, Marcel, qui lui dit qu’il connaît la solution pour faire passer le courrier sans payer. En effet, envoyer une lettre coûte très cher. La jeune fille écrit à son père et à des amis pour les prévenir de leur arrestation.
Mathilde donne une description du camp, vu de ses yeux d’adolescente. Elle trouve le camp minable. Elles sont restées huit jours à Drancy et c’était « atroce ». Elles font toutes leur toilette sur la grande place à la vue de tout le monde. Le sol est sale et la nourriture se fait rare. Elles dorment sur des matelas au sol. Mathilde raconte un accident de moto entre un Allemand et des filles dans la cour, elle est choquée.
Elles doivent passer au bureau d’identification : leur identité est vérifiée et elles reçoivent une étiquette épinglée sur le vêtement pour leur déportation, violette dans le souvenir de Jacqueline Amon. Celle-ci ment pour être libérée en se déclarant catholique avec sa petite sœur Angèle : elle y a été encouragée par Mathilde afin de se sauver et de sauver sa petite sœur qu’elle vient de récupérer de façon rocambolesque, comme elle le raconte dans son témoignage (site du Mémorial de la Shoah).
L’étiquette de Jacqueline est rose, ce qui veut dire en attente de confirmation d’identité. C’est grâce à Andrée Warlin, détenue dans le camp et résistante, et à l’abbé Menardais, qu’elle va obtenir un faux certificat de baptême, qui arrive in extremis le 30 juillet, ce qui lui permet d’échapper au convoi du 31 juillet[15]. Elle en garde un sentiment affreux de culpabilité vis-à-vis de ses amies de l’orphelinat, mais elle sauve sa sœur âgée de 6 ans.
Mathilde, elle, craint de mentir car il y a des affiches partout dans le camp insistant sur l’interdiction de mentir et, bien que l’officier lui demande plusieurs fois de confirmer son statut de juive, elle n’ose pas le nier et elle le confirme. Elle sait qu’Esther est déjà sur la liste des départs. Elle sait donc qu’elle va être déportée, mais ignore où. Et ce que cela signifie.
VERS AUSCHWITZ
À l’aube du 31 juillet, les personnes qui doivent être déportées, dont Mathilde et Esther, sont rassemblées dans une petite cour grillagée. Elles partent de Drancy en bus pour la gare de Bobigny, non loin. Là, entourées par des chiens et des Allemands qui crient de se dépêcher, elles montent dans des wagons à bestiaux.
Les pensionnaires de l’UGIF sont installés tous ensemble, dans différents wagons. Les plus âgées sont en charge des plus jeunes, et le personnel des maisons de l’UGIF arrêté avec les enfants et adolescents les encadrent pour ce dernier transport. Les wagons de l’UGIF ont été pourvus de petits matelas, il y a à manger, la Croix-Rouge et l’UGIF y ont pourvu, mais il n’y a quasiment pas d’eau.
Le trajet est très pénible d’autant plus que Mathilde s’est portée volontaire pour s’occuper des bébés de la pouponnière de Neuilly dont elle s’occupait déjà avant son arrestation. Ils sont tous sur des matelas posés au sol, accompagnés d’un médecin et une infirmière. Deux seaux, l’un avec de l’eau et l’autre pour faire ses besoins trônent au milieu du wagon. L’UGIF leur a donné un colis de ravitaillement, de nombreuses boîtes de lait Nestlé sucré, Comment délayer le lait en poudre pour les bébés et bambins sans eau ?
Il fait très chaud et tous ont très soif. Les bébés pleurent souvent et Mathilde fait de son mieux pour s’en occuper. Le seau rempli d’excréments déborde à un coup de frein, impossible désormais de rester assis et une odeur épouvantable se répand.
Mathilde écrit encore pendant le trajet, elle aime écrire et elle transporte toujours du papier à lettres : elle rédige une lettre à chacun de ses proches qu’elle jette par la fenêtre. Elle se souvient encore de leur contenu.
Après trois jours et trois nuits d’enfer, le train s’arrête. Elles arrivent en Pologne occupée, au camp d’Auschwitz Birkenau le 3 août vers deux heures du matin.
La descente du train s’effectue à l’aube dans la lumière des miradors et les aboiements des chiens. Mathilde se retrouve dans la boue, Esther se plaint que ses nouvelles chaussures sont tachées. On comprend dans son témoignage que Mathilde se sent immédiatement investie de la mission de protéger sa sœur plus jeune qu’elle. Elle voit des bagnards rasés en pyjama rayé qui chuchotent aux jeunes filles « Ne prenez pas d’enfants dans les bras ».
LA SÉLECTION, BIRKENAU, LES MARCHES DE LA MORT, BERGEN BELSEN
Les officiers allemands effectuent une sélection en formant deux groupes sur le quai, ils dirigent Mathilde vers la droite, car elle porte encore un petit garçon dans ses bras. Au bout de quelques mètres, elle entend ses amies et sa sœur l’appeler pour qu’elle les rejoigne sur la file de gauche. Elle se retourne et commence à marcher dans leur direction, mais l’officier allemand l’arrête et en désignant le bébé dans ses bras, il lui demande si c’est le sien. Après qu’elle lui a répondu négativement, l’officier lui arrache des bras l’enfant puis le jette au sol, dans la boue. Elle tente de se débattre, mais elle est emportée vers ses amies. Elle entend les cris déchirants derrière elle de l’enfant, ce qui la marque pour toujours.
D’autres jeunes femmes subissent le même terrible sort. On ignore le nombre de morts durant le trajet, certains témoignages disent qu’ils furent nombreux. On ignore donc également le nombre de personnes qui sont conduites à la mort dans les chambres à gaz depuis le quai. Cependant, 182 femmes seront tatouées dans le camp, dont Mathilde, ainsi que 291 hommes.
Après une marche assez longue dans Birkenau, les femmes arrivent dans une grande salle où se trouvent une quinzaine d’Allemands armés. Ils leur demandent en allemand de se déshabiller. Malgré leur gêne, elles doivent se résigner à enlever leurs vêtements. Des femmes se cachent le corps de leur mieux.
Puis elles sont appelées une par une pour se faire raser les cheveux par d’autres détenues. Mathilde est appelée la première. Quand vient le tour de sa sœur, la Polonaise qui était en train de la raser est appelée : Esther reste alors pendant plusieurs minutes avec le crâne à moitié rasé, mais reste fière malgré tout. Mathilde veut s’effondrer en voyant les magnifiques cheveux roux, longs et frisés de sa sœur par terre. Et Esther est effrayée de voir sa sœur sans cheveux. C’est encore une épreuve pour elles. Leur corps est également entièrement rasé, pubis compris, pour éviter les poux de corps, qui transmettent, entre autres, le typhus.
Ensuite les déportées sont envoyées vers les douches pour se laver. Mathilde ne dit rien de l’eau, soit trop froide soit brûlante, et de l’absence de serviettes pour s’essuyer. Esther, perdue, crie pour retrouver Mathilde. Alors une « kapo » (une détenue, souvent de droits communs, polonaise ou allemande) l’attrape et la colle contre le mur et commence à la battre avec sa matraque sous les yeux de sa sœur. Mathilde raconte qu’Esther avait une marque qui s’étendait de son épaule droite à sa hanche.
Une fois sortie de la douche, les femmes doivent prendre les vêtements qu’on leur donne, même s’ils sont trop petits ou trop grands pour elles. Mathilde se retrouve avec une longue robe sans culotte ni soutien-gorge. On lui met un trait noir sur ses vêtements avec un gros pinceau noir. Elle se retrouve sans plus rien, sans âme. Esther est comme elle sous le choc, c’est la fin du monde pour ces deux jeunes filles coquettes qui avaient du vernis sur les ongles et voulaient montrer aux anciennes déportées la mode de Paris. À partir de ce moment, Mathilde va implorer Dieu tous les jours et dans toutes les langues pour sortir de ce lieu avec sa sœur.
Dehors, une odeur étrange et désagréable se dégage dans l’air et Mathilde voit des énormes flammes s’échapper d’une cheminée. Elle marche à nouveau pour rejoindre sa baraque où une blockova (cheffe de bloc) imposante les attend. Elle est grande, bien habillée, altière, c’est une déportée aussi, avec un trait noir sur ses vêtements : elle est dans le camp depuis longtemps. Elle frappe une détenue dès son arrivée, car celle-ci avait du mal à la comprendre. Les lits sont superposés. Les « coyas » sont faits avec trois rangées de six châlits en bois superposés, elle et Esther choisissent les paillasses du milieu, car elle pense qu’elles seront plus à l’aise là. Elles essaient de se remonter le moral en restant ensemble. Au début, elles sont en quarantaine.
Dans son témoignage, Mathilde n’évoque pas le tatouage qu’elle a dû subir le jour suivant, comme Yvette Lévy le raconte : le matricule A-16.734 gravé par une déportée « ancienne » avec une plume et de l’encre sur son avant-bras gauche.
Mathilde tente tout de suite de trouver des bottes pour Esther et un peu plus de nourriture. C’est rendu possible grâce à Jacques, un ami qui sert d’interprète et peut se déplacer plus facilement dans le camp : il récupère des bottes et un manteau pour Esther, ainsi que du saucisson.
Esther est très angoissée et pleure souvent ce qui lui vaut des coups et ce qui inquiète Mathilde. Lors du premier appel à cinq heures du matin, elles sont réveillées par la blockova qui les frappe sur la tête. Esther crie en entendant un coup de feu un jour et reçoit alors des coups de la blockova. Esther s’évanouit lors d’un appel, Mathilde la relève avec l’aide d’autres filles pour qu’elle ne soit pas frappée par l’Allemand faisant l’appel.
Esther a si peur qu’elle ne veut plus boire ni manger, elle veut seulement pleurer. Quinze jours après leur arrivée, Esther attrape la dysenterie, elle maigrit à vue d’œil et s’affaiblit, elle ressemble de plus en plus à un cadavre. Mathilde fait tout pour qu’Esther puisse avoir un peu de marmelade, car c’est la seule chose qu’elle arrive à manger. Elle échange du pain contre de la margarine qu’elle échange contre du saucisson et enfin elle échange ce saucisson contre de la marmelade pour sa sœur. Elle était prête à tout pour elle.
Mathilde travaille au camp, en octobre ; elle transporte des outils pour des machines à coudre d’une baraque à une autre. Le dimanche, c’est relâche, pas de travail : les filles organisent des spectacles avec danses et acrobaties.
Un jour, elle travaille dans un kommando pour creuser des tranchées et elle se blesse à cause d’un wagonnet qui se retourne en l’emportant. Elle doit exhumer des cadavres des fosses et les conduire à un lieu d’incinération. Les wagonnets conduisent les cendres jusqu’à la Vistule. Un autre jour, elle croise un groupe d’hommes et elle crie dans leur direction « il y a un Français là-dedans ?». Personne ne lui répond la première fois, elle le crie une deuxième fois et quelqu’un lui répond « Oui, tout va bien, on sera bientôt être libérés ». Un chien l’attaque alors en lui sautant dessus et lui déchire ses vêtements, alors qu’il fait extrêmement froid : il la mord à la jambe gauche, elle peut à peine marcher, mais elle doit quand même se traîner sur plusieurs kilomètres pour rentrer au camp.
Avec le froid et les travaux en extérieur, Mathilde a les pieds bien abîmés, ils sont gelés et quelqu’un lui conseille d’uriner dessus pour les soulager. Durant cet hiver 1944, Mathilde voit les avions russes bombarder les « kommandos » (groupe de déportés envoyés au travail forcé) et à chaque fois il faut ramener les filles mortes pour éviter les coups.
Pendant ce temps, Esther est conduite au « Revier », l’infirmerie du camp, car elle est très affaiblie.
Une Hongroise, Sharika, lui donne ses vêtements et s’occupe d’elle à l’infirmerie. Mathilde est désespérée de la savoir là, mais soulagée que Sharika veille sur elle. Enfin, le miracle arrive, elle retrouve Esther debout devant elle : elles tombent dans les bras l’une de l’autre.
En janvier 1945, les Allemands veulent évacuer le camp devant l’arrivée imminente de l’armée russe : ce sont les « marches de la mort ». L’évacuation massive commence vers le 17/18 janvier, mais des groupes de déportés sont transférés dès la fin décembre.
Mathilde et Esther quittent le camp le 1er janvier 1945. Esther est très faible, car elle ne mange toujours pas, et Mathilde n’a plus la force de la porter, elle doit la traîner dans la neige jusqu’à la porte du camp. Elles montent enfin dans des wagons découverts. En route, Mathilde raconte qu’elle se réchauffe en se serrant contre sa sœur fiévreuse : 3 jours et 2 nuits de voyage sous la neige pour atteindre le camp de Bergen-Belsen[16], en Basse-Saxe (Allemagne), à 815 kilomètres d’Auschwitz. Esther souffre et, malgré ses prières, Mathilde en vient à souhaiter que ses souffrances s’arrêtent. Elle est consciente que la mort commence à l’emporter. Ce sont deux prisonniers qui portent Esther sur un brancard à son arrivée au nouveau camp jusqu’au « Revier ».
Le camp de Bergen-Belsen, relativement vivable avant l’hiver 44-45, car c’était en grande partie un camp « d’otages », est submergé par les déportés qui arrivent de toutes parts alors que les armées russes progressent à l’Est. Initialement construit pour 4 000 prisonniers, il contient 60 000 déportés entassés les uns sur les autres – des Juifs en majorité, affamés, malades du typhus et de maladies pulmonaires pour beaucoup. Mathilde, elle aussi très affaiblie, tombe malade à son tour, Elle a de la fièvre et va délirer plusieurs jours : c’est le typhus, comme Esther.
LA LIBÉRATION À BERGEN-BELSEN ET LE RETOUR À PARIS
Le 15 avril 1945, les troupes anglaises découvrent le camp vidé de ses geôliers allemands. C’est un mouroir à ciel ouvert, où les soldats n’arrivent pas à distinguer qui est vivant de qui est mort.
Mathilde Jaffé sur une liste de survivantes de Bergen Belsen s.d.
© Archives de Bad Arolsen / ITS.
Un militaire hongrois, Zoli, va prendre soin de Mathilde et la nourrir progressivement comme un bébé. Il faut réapprendre à manger, car elle a vécu trois mois de famine dans le camp. Manger trop et trop vite la tuerait, comme sont morts de nombreux déportés affamés qui se sont rués sur la nourriture que leur donnaient les libérateurs, croyant bien faire.
Mathilde est en si mauvais état qu’elle est au début intransportable vers un hôpital. Puis elle est hospitalisée à l’hôpital pour femmes Glyn-Hugues. La raison de son hospitalisation n’est pas indiquée. Le Brigadier H. L. Glyn Hughes est le premier médecin allié qui est entré dans le camp de Bergen-Belsen. Il a créé un grand hôpital pour soigner les rescapés.
Hospitalisation de femmes française libérées des camps
©Archives de Bad Arolsen
Suite Hospitalisation de femmes française libérées des camps
©Archives de Bad Arolsen
Quand Mathilde reprend petit à petit ses esprits, elle n’a que des incertitudes sur Esther : Où est-elle ? Comment va-t-elle ? Mais la réalité va s’imposer à elle. Elle est probablement morte en mars 1945.
Mathilde Jaffé Hospitalisation de femmes française libérées des camps
©Archives de Bad Arolsen
Le 9 juin, Mathilde est rapatriée à Paris par un DC4 militaire[17]. Elle a hâte de revoir son père et ses frères et sœur, mais comment annoncer la mort d’Esther ? Elle envoie un télégramme à son père.
Elle arrive à l’hôtel Lutetia, un hôtel de luxe utilisé par les nazis et qui a été réquisitionné par le gouvernement pour accueillir les rescapés des camps. À la sortie du camp, le 15 avril 1945, amaigrie de 20 kilos, elle pesait 38 kg, mais à son retour à Paris plus d’un mois après, elle a commencé à reprendre du poids : elle pèse 57 kilos. Ce qui est peu pour une grande jeune femme d’1m70. L’état de son cœur inquiète les médecins qui lui ont fait passer plusieurs examens.
Fiche médicale de Mathilde Jaffé
© SHD Caen DAVCC, dossier 21 P 654 758
Fiche médicale de Mathilde Jaffé
© SHD Caen DAVCC, dossier 21 P 654 758
Les anciennes copines de l’orphelinat qui sont survivantes viennent la voir, ainsi que des amis. Elle téléphone à la tante Violette, car elle se souvient de son numéro de téléphone.
Mathilde tente de renouer avec la vie d’avant, mais se sent blessée pour toujours par l’absence de sa sœur. Elle a l’impression que sa vie est finie. La directrice de l’orphelinat lui propose de venir chez elle et elle accepte. Elle retrouve avec beaucoup d’émotions Jacqueline Amon, qui vient lui rendre visite, cette dernière est choquée de voir les jambes de son amie toutes noires et maigres. Elle l’invite à son mariage catholique en septembre, catholique car Jacqueline a fait le choix de se convertir au catholicisme, marquée par son sauvetage à Drancy.
Seulement neuf filles de l’orphelinat rentrent de déportation. Elles pleurent ensemble la mort des copines et d’Esther. Une plaque commémorative est aujourd’hui apposée sur l’immeuble au 9 rue Vauquelin, qui appartient toujours au Consistoire et abrite une synagogue en activité.
Mathilde décide de rejoindre son père à Marseille, car elle veut voir ses deux frères et sa sœur : elle va y rester un mois. Elle s’y marie, en mars 1946.
Elle fait ensuite des démarches pour faire reconnaître sa déportation et obtenir le titre de Déporté Politique et un (faible) « pécule » compensatoire. Elle cite comme témoin de son arrestation : Ida Friedmann, Fernande Malfanick, Louise Caraco et Charlotte Mesner.
TÉMOIGNER CONTRE L’OUBLI ET POUR ESTHER
Comme tous les survivants rescapés de la Shoah, le sentiment de culpabilité domine chez Mathilde. Sa tante Violette a été la première à l’écouter, ce qui est une aide précieuse pour se reconstruire.
En 1955, alors qu’elle n’a pas touché la prime (le « pécule ») due aux déportés, dans un courrier au ministère des Anciens Combattants et Victimes Civiles, Mathilde fait part de son mauvais état général et de ses difficultés financières. Mariée et installée rue de La Roquette à Paris, elle a dû déménager après son divorce (en 1954) et s’est installée dans le nord de la France, dans l’Aisne.
Bien plus tard, grâce à sa fille Sylvie, elle a réussi à écrire et témoigner : un lien très fort les unit.
Elle a une petite-fille qui ressemble beaucoup à Esther.
Le reste de son histoire appartient à sa famille.
Mathilde Jaffé-Turpyn (elle s’est mariée deux fois) est membre de l’amicale d’Auschwitz, membre d’une association départementale des déportés juifs et résistants. Elle est nommée Chevalier de la Légion d’Honneur en 2002.
Mathilde a témoigné devant des étudiants de façon assez régulière et il semble, d’après les souvenirs de Jacqueline, qu’elle a accompagné la délégation du président Jacques Chirac lors de l’inauguration du pavillon français à Auschwitz en janvier 2005. Dans son discours, il terminait par la citation du poème de Charlotte Delbo :
Ô vous qui savez
saviez-vous que la faim fait briller les yeux
que la soif les ternit
Ô vous qui savez
saviez-vous qu’on peut voir sa mère morte
et rester sans larmes
Ô vous qui savez
saviez-vous que le matin on veut mourir
que le soir on a peur
vous qui savez
saviez-vous qu’un jour
est plus qu’une année
une minute plus qu’une vie
Ô vous qui savez
saviez-vous que les jambes
sont plus vulnérables que les yeux
les nerfs plus durs que les os
le cœur plus solide que l’acier
Saviez-vous que les pierres du chemin ne pleurent pas
qu’il n’y a qu’un mot pour l’épouvante
qu’un mot pour l’angoisse
Saviez-vous que la souffrance n’a pas de limite
l’horreur pas de frontière
Le saviez-vous
Vous qui savez.
(Charlotte Delbo)
Recueil: Prière aux vivants pour leur pardonner d’être vivants et autres poèmes
Les Éditions de Minuit
Mathilde est faite chevalier de la Légion d’honneur.
Elle s’est éteinte le 9 mars 2020 dans une maison de retraite à Saint-Quentin : de nombreux hommages lui ont été rendus dans la presse. Une cérémonie officielle en présence de porte-drapeaux, anciens combattants et représentants de la Légion d’honneur, a été organisée le mercredi 11 mars à 14 heures au funérarium Richet-Massin du Vieux-Port à Saint-Quentin, avant une inhumation, le 13, à la frontière franco-suisse. Mathilde repose auprès de sa maman Kadina, disparue si jeune, le 1er juin 1937.
SOURCES :
- Mémorial de la Shoah
- deportesdelyon.fr
- nomorigine.com
- SHD Caen DAVCC, dossier 21 P 654.758.
- Archives de Bad Arolsen / ITS
Notes & références
[1] Raymond Ventura, né 1908 à Paris et mort le 30 mars 1979 à Palma de Majorque, est un compositeur français, également arrangeur musical, chef d’orchestre, éditeur de musique et producteur de cinéma. Son père est un joaillier juif citoyen ottoman et sa mère est également juive. Il est l’oncle du chanteur Sacha Distel et l’un des défenseurs du jazz en France.
[2] Germaine Alice de Rothschild, est née Halphen en 1884. Elle est la fille du financier Émile Halphen et de la philanthrope Louise Fould. En1905, elle se marie avec le baron Édouard (Alphonse James) de Rothschild (1868-1949), dont elle a quatre enfants.
[3] Hannah Arendt est née le 14 octobre 1906 à Hanovre (Allemagne) et est morte le 4 décembre 1975 à New York (États-Unis). Elle est une politologue, philosophe et journaliste allemande. Elle est connue pour ses travaux sur le phénomène totalitaire, notamment avec le livre Les Origines du totalitarisme. Elle est l’une des plus grands penseurs du XXe. Dans son livre Eichmannà Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal, publié en 1963 à la suite du procès d’Adolf Eichmann en 1961, elle développe le concept de « la banalité du mal », qui est toujours l’objet d’une controverse internationale. Juive allemande, élève d’Heidegger, elle est arrêtée en 1933 et est relâchée par un policier. Elle fuit immédiatement le nazisme et l’antisémitisme. Et c’est dès 1933 qu’en France, la baronne de Rothchild l’embauche comme secrétaire particulière. En mai 1940, elle est internée dans le sud de la France au camp de Gurs pour « étrangers indésirables ». Elle arrive à fuir à Marseille, où elle obtient un visa pour le Portugal de la part de Varian Fry. En 1941, elle et son second mari obtiennent un visa non officiel pour immigrer aux États-Unis. Elle est naturalisée américaine après la 2e GM.
[4] Source : Témoignage vidéo d’Evelyn Kann sur le site du Mémorial de la Shoah.
[5] Les maisons d’enfants sous sa direction ont servi de vivier pour la déportation des enfants juifs, d’abord les étrangers, puis les français, comme on le verra par la suite.
[6] Surtout, en 1942, il n’était plus possible de quitter Paris, en zone occupée, pour s’installer à Marseille, en zone libre (jusqu’en novembre 1942). Et les enfants placés sous le contrôle de l’UGIF étaient sous le contrôle des nazis.
[7] Témoignage vidéo de Mathilde, fondation Spielberg.
[8] Hélène Berr, née le 27 mars 1921 dans le IVe arrondissement de Paris, est morte en avril 1945 au camp de concentration de Bergen-Belsen. Étudiante, elle a rédigé de 1942 à 1944 son journal, qui a été publié en 2008. Elle a été déportée à Auschwitz avec ses parents le 27 mars 1944, le jour de ses 23 ans. Avant cela, elle était devenue bénévole et assistante sociale pour venir en aide aux enfants juifs persécutés.
[9] Michel Gaspard, avec Georges Loinger et Katy Hazan : Eaux mêlées à Montmartre, une histoire familiale (1936-1950, L’Harmattan, 2016. Une plaque commémorative est apposée rue Lamblardie pour honorer la mémoire des enfants raflés.
[10] Ce lieu, mis à disposition de l’UGIF par le Consistoire, correspondait historiquement aux locaux du Séminaire israélite de France (qui avait dû cesser ses activités et se replier en zone Sud en raison de la guerre.
[11] Témoignage de Victoria Amon, recueilli par son petit-fils en 2012 ressources.memorialdelashoah.org
[12] À partir de l’ordonnance allemande du 8 juillet 1942, les Juifs n’avaient plus le droit d’aller au concert, ni au théâtre, ni au cinéma. En zone occupée depuis octobre 1940, il y a une mention JUIF en rouge sur les cartes d’identité qui permet à la police et à la gestapo de repérer les Juifs lors de contrôles aléatoires ou de rafles. Le port obligatoire de l’étoile juif leur facilite la tâche.
[13] Le jeune policier n’aurait rien pu faire : la rafle a été organisée directement depuis le camp de transit de Drancy, avec la police du camp et des soldats allemands. Seule la direction de l’UGIF avait été mise au courant.
[14] SOURCES : Témoignage vidéo d’Yvette Lévy, cf. site du Mémorial de la Shoah.
[15] Jacqueline, maintenue à Drancy, assiste à la libération du camp le 17 août par le consul de Suède, Raoul Nordling, qui monte sur une caisse et s’adresse aux détenus : « Votre temps de détention au camp de Drancy est terminé. Vous êtes tous libres ! »
[16] C’est dans ce camp qu’Hélène Berr a été transférée le 31 octobre (elle y arrive le 3 novembre). elle contracte le typhus. Un matin, trop malade pour pouvoir se lever pour l’heure de l’appel, elle est battue à mort par une gardienne, quelques jours avant la libération du camp par les troupes britanniques.
[17] En même temps que Régine Janover, Camille Billon et Jeanine Beau.
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