Les hommes, femmes et enfants déportés par le convoi n°77 ont d’abord été internés dans le camp de Drancy, dans l’est parisien. Utilisé par l’occupant allemand depuis 1940, ce camp est, en 1944, bien différent de ce qu’il a été par le passé.

Où se situe le camp de Drancy?
Ce camp a été installé dans un ensemble d’habitations appelé la Cité de La Muette. Au début de la Seconde Guerre mondiale, seule une partie des logements sont construits car les travaux ont été interrompus en 1935. Les appartements sont donc largement vides. De plus, la Cité comprend une ensemble d’immeubles disposés en « U » autour d’une cour. Les nazis ferment cette cour et transforment l’ensemble en camp.
Si les nazis ont choisi la Cité de la Muette comme lieu d’internement des juifs, c’est parce qu’elle est située à proximité de trois gares orientées vers l’Est: les gares du Bourget, de Bobigny et de Noisy-le-Sec. Elles sont donc idéales pour le départ de convois de déportation vers les centres de mise à mort d’Europe centrale et orientale.
La transformation en camp de concentration
Le 9 mai 1943, Adolf Eichmann envoie Alois Brunner à Paris pour accélérer le processus de déportation des juifs de France. Brunner (ci-contre) est un haut gradé SS auparavant passé par l’Autriche et la Grèce où il a traqué, arrêté, torturé et assassiné de nombreux juifs. En France, il a toute latitude pour accomplir son objectif.
Aloïs Brunner réorganise très vite le camp de Drancy. Même s’il le désigne comme un « camp de rassemblement », il veut en faire un camp de concentration. Il prend toutes les dispositions nécessaires, à commencer par remplacer les gendarmes français par des gardes SS. Ceux-ci déploient une violence quotidienne envers les détenus. Ils inventent des punitions absurdes et cruelles pour des motifs arbitraires. Ainsi les prisonniers doivent-ils se redresser et se tenir immobiles au passage d’un soldat allemand, sous peine d’être punis.
Selon une « logique perverse1 » déjà expérimentée en Allemagne et en Autriche, Brunner veut « impliquer les Juifs dans leur propre persécution1 ». Il emploie des internés juifs dans l’encadrement du camp (aux postes de chefs de service, chefs d’escalier, chef de chambre, service d’ordre…), mais aussi à tous les postes subalternes (tâches de secrétariat, de manutention…). En outre, il oblige l’UGIF à équiper et approvisionner le camp. Celle-ci doit fournir la nourriture des internés, mais aussi l’essence des autocars qui convoient les déportés vers les gares de départ. Avec l’accord de Bruner, et grâce aux denrées fournies par l’UGIF, l’alimentation des prisonniers s’améliore en 1943 et 1944, en particulier pour les travailleurs volontaires du camp. Une manière pour les SS d’éviter les révoltes.
En dépit de l’insistance de Brunner, les dirigeants de l’UGIF ont toujours décliné de participer à l’administration du camp; ils refusent en effet de prendre part aux traitements inhumains qui y ont cours, et veulent se limiter à leur mission d’assistance humanitaire.
Au mois d’août 1943, Alois Brunner a achevé la transformation du camp de Drancy, et la terreur règne.
Le quotidien des prisonniers en 1944
Les nouveaux arrivants voient leurs bagages fouillés et leurs objets de valeur confisqués en échange d’un reçu. Ils passent un interrogatoire d’identité, vont à la douche et à la désinfection, puis se voient assigner un lit dans une chambrée. Ici aussi, il sont contraints de porter en permanence l’étoile jaune qui les signale comme juifs.
Les conditions de vie sont inhumaines et dégradantes. Les lits sont infestés de parasites, et certains internés couchent à même le sol en béton. Les lavabos et toilettes ne sont pas assez nombreux pour deux à cinq mille internés. L’hygiène est insuffisante en dépit de la présence de médecins, également juifs.
Les détenus sont soumis à une discipline militaire. L’oisiveté y est réprimée. Le camp est transformé en immense chantier sur lequel les internés sont mis au travail: nettoyage, peinture, terrassement… 200 à 300 hommes s’activent en permanence sous la menace de coups de bâton des SS.
Pour se distraire, les jeunes internés organisent des moments conviviaux où ils improvisent chants et danse. Comme les hommes et les femmes ne sont pas strictement séparés à Drancy, les jeunes engagent des relations sexuelles, lesquelles sont pourtant réprimées par le service d’ordre juif.
Une étape avant la déportation
Dès le mois de juin 1943, Alois Brunner veut accélérer les convois de déportation. Officiellement, il parle seulement « d’évacuation » vers la Pologne mais il entend bel et bien poursuivre l’extermination des juifs.
Il fait venir à Drancy des internés d’autres camps de France (Pithiviers, Beaune-la-Rolande). La grande majorité des nouveaux internés a été arrêtée par les gendarmes et policiers français ou par des services allemands (comme la Sipo-SD). Les internés désignés pour la déportation sont classés « B » (la lettre est inscrite sur leur reçu d’entrée dans le camp). [voir notre page « comment lire le fichier du camp de Drancy »]
Les juifs étrangers ne restent généralement que quelques jours avant d’être déportés, mais Brunner entend aussi déporter à terme des juifs de nationalité française. « Vous n’êtes pas Français, vous êtes juifs », déclare-t-il aux prisonniers.
Brunner a mis en place un protocole strict avant chaque départ d’un convoi de déportation. Les prisonniers en partance sont d’abord regroupés dans les cages d’escaliers de la Cité de la Muette, les « escaliers de départ ». Il faut également embarquer du ravitaillement pour les trois jours de déportation.
À l’été 1944, Aloïs Brunner ordonne des arrestations massives. Des milliers de juifs sont arrêtés en zone nord comme en zone sud et acheminés à Drancy.
C’est dans ce contexte que part le convoi n°77.
Le soir du 31 juillet 1944, il ne reste plus que 871 internés à Drancy.
Les lieux du camp

Autres lieux:
- La « chambre disciplinaire » du quatrième étage de l’escalier 13, lieu où les SS torturent quotidiennement des détenus
- « le Bunker », prison au sous-sol de l’escalier 13, où les détenus y sont nus, affamés, frappés, arrosés d’eau froide pour la nuit
Bibliographie
- Michel Laffitte et Annette Wieviorka, À l’intérieur du camp de Drancy, Editions Perrin, 2012
- Johanna Lehr, Au nom de la loi: la persécution quotidienne des Juifs à Paris sous l’Occupation, Paris, France, Gallimard, 2024.
- Maurice Rajsfus, Drancy. Un camp de concentration très ordinaire, Hors collection, 2022
- Collectif, Les graffitis du camp de Drancy, des noms sur les murs, Edition Snoek, 2014
Par Thibault Le Hégarat
English
Polski

















