`Eva GOLDBERG (1910-1944)
Naissance et origine : Un départ pour la France dans sa petite enfance
Eva Goldberg, aussi écrit Ewa Goldberg dans certains documents, voit le jour le 10 juin 1910 à Biecz[1]. À cette époque-là, Biecz ne fait plus partie de la Pologne, mais de l’Empire austro-hongrois, dans une région appelée Galicie. Après la Première Guerre mondiale, l’Autriche-Hongrie s’effondre et Biecz redevient polonaise en 1918. Avant la Seconde Guerre mondiale, 20% de sa population était juive[2].
Aujourd’hui, la ville de Biecz est située dans le sud de la Pologne, dans la région de Petite-Pologne (Małopolska), à une quarantaine de kilomètres au sud-est de Cracovie.
Wikimedia Commons, carte postale de Biecz vers 1910 (domaine public)
Eva, ou Eve, est née dans une famille Juive. Ses parents se nomment Juda, dit Jules, Goldberg et Jocheveth Goldberg, née Spielmann[3]. Son prénom juif lui est donné le 11 juin 1910 à la synagogue « nr 65 », selon une traduction de son « certificat de naissance de l’état civil israélite à Biecz », établie par un traducteur agréé près du tribunal civil de Nancy, en 1931. Son « parrain » est Eliasz Reh, de Biecz.
Traduction du certificat de naissance d’Eva Goldberg
©SHD Caen dossier 21 P 456 520
Juda Goldberg est « commis commercial », soit vendeur ou alors représentant de commerce.
Les parents d’Eva se sont mariés le 3 août 1909.
Eva a un frère, Meilech Goldberg, né à Jaslo, dans les environs de Biecz, le 28 octobre 1911[4]. Ce garçon prénommé Meilech l’est-il en l’hommage du rabbin Meilech (Max) Goldberg, lié à Jules Godlberg, dont nous avons connaissance par notre contact à la mairie de Biecz ? (voir plus loin).
Certains contacts trouvés en Pologne, à Biecz, suggèrent que les membres de la famille Goldberg sont des figures importantes dans la communauté juive de Biecz, toutefois nous n’avons pu confirmer cette information. Seul le prénom, Meilech, du frère d’Eva pourrait indiquer un lien familial.
Nous avons échangé des messages avec la mairie de Biecz, mais aucun élément certain ni aucune information sur le parcours scolaire d’Eva Goldberg n’a pu être trouvé à Biecz, ce qui laisse penser qu’elle quitte Biecz dans sa petite enfance et n’est pas scolarisée là-bas.
Voici la réponse de la mairie de Biecz (traduite du polonais) à notre partenaire allemande :
« Chère Madame,
J’ai le regret de vous informer que je n’ai trouvé aucune information concernant Ewa Goldberg, bien que la famille Goldberg ait été très connue à Biecz. Le premier rabbin de Biecz, Meilech Goldberg, est à l’origine de la fondation de la première synagogue de la ville. Son petit-fils, Jakub Goldberg, fut vice-maire de la ville et président de la communauté juive (kehilla). Il tenait les registres de l’état civil de la communauté, tâche qui fut ensuite reprise par son fils, Meilech (Max) Goldberg.
J’ai examiné attentivement tous les documents dont je dispose. Je n’ai trouvé aucune personne née à la date indiquée. Je possède les registres scolaires complets des élèves de 1915 à 1939, et aucune Ewa Goldberg, ni aucune autre personne née à cette date, n’y figure. Il est donc très probable qu’elle ait quitté Biecz alors qu’elle était encore très jeune et qu’elle n’y ait pas été scolarisée.
Je vous envoie des photographies des maisons du rabbin Meilech Goldberg (n° 1) et de Jakub Goldberg (n° 2). C’est malheureusement le moins que je puisse faire.
Je tiens également à vous remercier pour la photographie d’Ewa, que je ne possédais pas.
Bien cordialement. »
De Nancy à Lyon – une vie sous l’Occupation et la menace nazie
La date précise d’arrivée en France d’Eva Goldberg reste inconnue, tout comme les raisons pour lesquelles ses parents partent de Pologne et dans quelles circonstances. Cependant, on peut imaginer qu’elle arrive très jeune en France, si l’on en croit une fiche d’état civil établie au nom de Jeanne SPIELMANN épouse de Jules Goldberg, qui indique que cette dernière est naturalisée française en 1928 et qu’une carte d’identité française lui a été remise le 28 août 1916. Eva est alors âgée de 6 ans.
La publication de sa naturalisation au Journal officiel, le 22 juillet 1928, précise que Jeanne est veuve et que ses deux enfants sont naturalisés en même temps qu’elle.
Veuve, Jeanne élève donc seule ses deux enfants. En 1931, au recensement de la ville de Nancy, il est indiqué qu’elle exerce la profession de représentante de commerce. Eve, qui a 22 ans, est employée de commerce et Meilech (qui se faisait sans doute appeler Max ou Michel) ne travaille pas. Ils vivent 34 rue du Vieil Aître.
Nous savons, par une attestation du maire de la ville de Nancy de 1946[5] qu’en 1937, Eva vit dans le centre ville de Nancy, au 83 rue Charles III.
Durant la Seconde Guerre mondiale, Eva vit à Lyon. Elle quitte probablement la Lorraine, se sentant en danger, comme l’ont fait beaucoup d’autres Juifs. L’évacuation de la Lorraine et de l’Alsace a été organisée par les mairies et départements qui craignaient une invasion allemande. Nancy était quasiment vidée de ses habitants au moment où l’armée d’Hitler y a pénétré. Les Juifs qui étaient partis, la plupart, n’ont pas été autorisés à rentrer en zone occupée après l’armistice et l’établissement des deux zones.
Le 22 novembre 1941, le bureau de la circulation de la préfecture du Rhône, à Lyon, émet sa carte d’identité qui porte sa photo (celle qui illustre sa biographie). Sa description physique complète le portrait : Eva mesure 1,65 m, a le teint clair, des cheveux châtain clair, des yeux bleus. Son visage est de forme ovale et son nez, moyen.
Il est précisé qu’elle est naturalisée française par le décret du 13 février 1930, mais le numéro 72129 x 28 indique qu’il s’agit en fait de 1928.
Enfin son adresse lyonnaise est alors 6 rue Pasteur, dans le 7e arrondissement.
Grâce à un rapport d’enquête émanant du ministère de l’Intérieur daté du 24 janvier 1956 nous découvrons les différentes adresses auxquelles Eva a habité entre 1941 et 1944.
De février 1941 jusqu’au 8 mai 1943, elle vit chez le couple Adolphe Peyrache au 6 rue Pasteur, dans le 7e arrondissement de Lyon. Après ça, elle demeure rue Paul-Bert au 47, selon les documents retrouvés, et ce jusqu’au 14 juillet 1944. Il s’agit d’un « garni », un hôtel, où Eva vit avec Jeanne.
Une lettre de sa mère, datée du 19 juillet 1946 à Nancy, confirme qu’elle et Eva vivaient bien rue Paul-Bert (au numéro 47) au moment de son arrestation. Cette information aura son importance.
Avant son arrestation, Eva travaille comme secrétaire-sténographe, dans un bureau et écrit des lettres et des courriers administratifs. Son métier atteste d’un certain niveau de formation, mais nous n’avons pu trouver d’autres éléments concernant sa formation et parcours professionnel.
Très peu d’informations sur sa vie personnelle sont connues aujourd’hui. Nous avons contacté les archives municipales de Lyon ainsi que les archives départementales des Bouches-du-Rhône ainsi que le Centre d’histoire de la résistante et la déportation mais sans aucun succès.
Réponse des archives municipales :
« Bonjour,
Mes recherches, concernant Eva Goldberg, au sein de notre base de données se sont révélées infructueuses. Vous pouvez toutefois vous tourner vers les Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon, ou bien vers le Centre d’histoire de la résistante et la déportation, qui pourraient potentiellement vous donner davantage de renseignements.»
Réponses des Archives du département du Rhône et de la métropole de Lyon :
« Bonjour,
Je fais suite à votre demande d’aide dans vos recherches sur GOLDBERG Eva. Après vérification dans nos fonds sur les juifs, les étrangers, dans nos dossiers de police, dans les fonds du mémorial de l’oppression, des juridictions d’exception, des personnes déportées et internées, je suis au regret de vous informer que je n’ai rien trouvé à ce nom. De même, nous n’avons malheureusement pas de recensement de population conservé entre 1936 et 1946.»
Réponse du CHRD :
« Bonjour Madame,
Nous n’avons rien dans nos archives concernant Eva Goldberg.
Connaissez-vous sa date d’arrestation ? A la prison Montluc, il y a des Goldberg mais elle n’est pas mentionnée a priori.
Etait-elle en famille ? Sur le site des archives du Rhône, archives en ligne vous pouvez voir les Goldberg arrêtés et emprisonnés à Montluc, pour voir s’il pouvait y avoir des liens.
Je sais qu’il y a eu des arrestations rue Paul Bert notamment en avril 44 mais les personnes – sans doute des juifs – ont disparu corps et biens, sans qu’on sache de qui il s’agissait.
Le 46 rue Paul Bert provient du mémorial de la Shoah ? Il faudrait voir si c’est un hôtel. J’ai regardé la Thèse de Sylvie Altar sur les juifs à Lyon pendant la guerre, mais je n’ai rien vu.
Il arrive aussi que les Juifs à Lyon y soient cachés sous des faux noms.
Cordialement,
Régis Le Mer »
Au vu des divers documents que nous avons pu consulter, Eva n’était ni mariée ni n’avait d’enfants.
Durant la Seconde Guerre mondiale à partir de 1942, Lyon, qui était alors en zone libre, est sous le contrôle de l’armée allemande et de la Gestapo, dirigée par Klaus Barbie, avec l’aide des collaborateurs français de la Milice et du parti Populaire Français (PPF), de Jacques Doriot. Comme partout ailleurs en France, les Juifs y sont persécutés, chassés et arrêtés.
Les arrestations sont souvent violentes et soudaines. Des hommes armés entrent dans les habitations, menacent avec des armes et procèdent à des arrestations sommaires. Ceux qui essaient de s’échapper sont malmenés ou même abattus. Des rafles sont faites dans la rue, les cafés, les transports en commun. Si les Juifs ne portent pas l’étoile jaune en zone sud, ils sont en revanche un tampon sur leur carte d’identité.
Les personnes arrêtées sont très souvent internées à Montluc, dans le 3e arrondissement de Lyon, une prison qui était alors contrôlée par la Gestapo, rue Jeanne-Hachette.
Arrêtée à Lyon, déportée par le Convoi 77 – des hypothèses sur son arrestation
Quand nous avons reçu la réponse de Régis Le Mer du CHRD, nous avons compris qu’il y avait plus de pistes à explorer. Nous lui avons donc répondu en lui communiquant les quelques informations que nous avions trouvées sur Eva depuis notre dernier courriel – des dates, des adresses (dont le 47, rue Paul-Bert).
Sa réponse ne se fit pas attendre :
«Veuillez noter qu’à cette date du 17 juillet 1944 a été arrêtée une autre famille juive, au cas où vous tomberiez à un moment sur les mêmes bourreaux. En effet, l’arrestation de cette famille a eu lieu, à la même date, à 200 mètres de celle d’Eva Goldberg. Il peut être utile de conserver en tête ce genre de « coïncidence ».
«En tout cas le 47 rue Paul Bert où vit Eva Goldberg est à 200 m du 16 rue Verlet Hanus où a été arrêtée la famille Fajnkuchen le 17 juillet 1944.»
«Leur descendant, Franck Fajnkuchen que je mets en copie, a écrit un livre remarquable sur sa famille. »
A la lumière de ces nouvelles informations, nos élèves ont écrit un mail à Franck Fajnkuchen :
« Bonjour Monsieur Franck Fajnkuchen,
Nous sommes les élèves du collège Le Plantaurel qui se trouve à Cazères dans le 31. Nous vous transmettons ce message car nous travaillons avec d’autres écoles en Europe sur un projet sur la déportation du Convoi 77 et plus précisément sur la déportée Eva GOLDBERG qui a été arrêtée le 17 Juillet 1944 à Lyon.
Malheureusement, nous n’avons pas beaucoup d’informations à ce sujet hormis le fait qu’elle a été arrêtée à son domicile qui se trouvait à 200 mètres de la maison de vos grands-parents. Monsieur LE MER nous a mis en contact avec vous pour qu’on puisse obtenir des informations importantes.Nous vous demandons votre aide pour nous donner des ressources ou tout autre information qui pourrait nous aider à avancer dans nos recherches.
Nous vous remercions d’avance pour votre aide bénéfique.
Bien cordialement,
Les élèves du groupe etwinning du Collège le Plantaurel de Cazères »
Les recherches menées par Franck Fajnkuchen sur sa famille nous ont permis de mieux comprendre les possibles circonstances et le déroulé de l’arrestation d’Eva Goldberg. Nous n’avons aucune certitude, mais il on peut supposer qu’Eva ait été arrêtée par les mêmes bourreaux qui ont arrêté Manek dans des circonstances similaires.
Le 17 juillet 1944, Manek Fajnkuchen est arrêté à son domicile du 16 rue Verlet-Hanus à Lyon. Grâce à des recherches historiques menées plusieurs décennies après les faits par son petit-fils, l’identité des deux principaux auteurs de cette arrestation a très probablement pu être établie : Sylvain Bressy et Jean-François Constantini, deux membres du Parti Populaire Français (PPF), une organisation française qui collabore activement avec la Gestapo. Avec un autre membre de sa famille, Manek tente de s’enfuir par une fenêtre, mais les hommes ouvrent le feu, les blessent puis les frappent avant de les emmener. Manek est ensuite interné à la prison de Montluc, puis déporté vers Auschwitz, probablement par le convoi 78 parti de Lyon le 11 août 1944. Un survivant a témoigné l’avoir vu à Auschwitz, où il est mort peu après son arrivée.
C’est le 14 juillet 1944, qu’Eva Goldberg est arrêtée dans la rue Paul-Bert, à proximité de son domicile par la Gestapo, dit l’enquête policière de 1956. La tenancière du garni était absente de Lyon à cette époque et ne peut pas donner davantage d’informations, mais précise que c’est la date qui lui a été donnée quand on lui a relaté l’arrestation d’Eva.
Le nom d’Eva ne figure pas sur les divers fichiers de la préfecture, pas plus que sur ceux du « Petit-Dépôt » de la police ou des prisons Saint-Joseph ou Montluc.
Or si c’est bien la date du 14 juillet qui servira de point de départ de la période d’internement pour calculer le pécule d’Eva, Jeanne indique dans un courrier que sa fille a été arrêtée le 17 juillet. Mais, si elle affirme qu’elles résidaient ensemble rue Paul-Bert, elle ne donne pas de précision sur le lieu d’arrestation.
Plus tard, en juin 1952, dans un dossier de demande du statut du déporté, Jeanne dit que c’est la « police française » qui aurait procédé à l’arrestation d’Eva, et indique comme adresse le 6 rue Pasteur. Les témoignages, on le sait, ne sont pas toujours fiables.
Jeanne a, quant à elle, une fiche au registre des garnis.
Eva est très certainement emprisonnée à la prison de Montluc, avant d’être transférée au camp d’internement de Drancy à côté de Paris. Cependant, nous l’avons vu, elle ne figure pas sur la liste des personnes internées à la prison de Montluc.
Seule une fiche d’écrou allemande[6] au nom de Jeanne Goldberg, sur laquelle est écrit le mot « Jude » (juive), est trouvée sur le registre de Montluc, datée du 23 juillet 1944. S’agit-il de la mère d‘Eva?
Le 24 juillet, venant de Lyon, Eva est enregistrée sous le matricule 25.852. Sa fiche d’internement indique qu’elle a été naturalisée française en 1928.
Sa fiche de fouille du 25 juillet révèle qu’elle avait 40 francs quand elle a été internée à Lyon. Mais une mention supplémentaire indique 3073 francs, soit la somme totale de 3113 francs, qui lui est, bien sûr, confisquée. On ignore d’où provient cet argent. Jeanne a-t-elle essayé, et réussi, à faire passer cette somme, importante, à sa fille ? Cela ne cadre pas avec le standing de leur hôtel meublé lyonnais, qui révèle des difficultés financières. On ignore même si elle avait encore un emploi. Avait-elle caché de l’argent qui a été trouvé à Drancy ? Pourquoi Eva se serait-elle promenée en ville, le 14 juillet avec autant d’argent sur elle ? Ces questions resteront sans doute sans réponse.
Internée à l’escalier 1, chambrée 5 à son arrivée, Eva est ensuite déplacée vers l’escalier 4, chambrée 1 quand elle est déclarée « déportable » (le B en rouge, sur sa fiche d’internement).
Puis Eva Goldberg est déportée depuis la gare de Bobigny jusqu’à Auschwitz le 31 juillet 1944 à bord du Convoi 77. Elle avait 34 ans.
En juillet 1944, le camp de Drancy est commandé par Aloïs Brunner. Après avoir liquidé les Juifs d’Autriche et ceux de Salonique, ce SS convaincu a demandé à s’occuper du sort des Juifs de France. Il dirige le camp de Drancy de juillet 1943 à août 1944, avec une petite parenthèse pour aller mettre au pas la région niçoise, dans le giron allemand après avoir été sous contrôle italien et s’être montrée très peu active en matière d’arrestations et de déportations de Juifs. Sous son autorité, environ 24.000 Juifs sont déportés depuis Drancy vers les camps de mise à mort, soit près d’un tiers des Juifs déportés de France. Parti de Drancy le 18 août avec un ultime convoi de déportés, il rejoint l’Allemagne. Après la guerre, il parvient à échapper à la justice et trouve refuge en Syrie, où il bénéficie de la protection du régime jusqu’à sa mort présumée vers 2010.
Même après le débarquement en Normandie des Alliés, le 6 juin 1944 et le début de la libération progressive de la France, les déportations continuent.
Le convoi 77 a déporté 1306 personnes dont 324 enfants. Il est l’un des derniers convois de déportation à quitter la France avant la libération de Paris le 25 août 1944.
Eva, assassinée à Auschwitz à 34 ans
D’après son certificat de décès, rédigé à Paris le 6 juin 2011, Eva Goldberg meurt à Auschwitz le 5 août 1944, peu après son arrivée au camp. Cependant, dans un témoignage écrit qui figure dans le dossier de demande du titre de Déporté politique déposé par Jeanne Goldberg[7], Régine Skorka, une camarade d’Eva dans le camp, Nancéienne elle aussi arrêtée à Lyon, atteste qu’elle est séparée d’Eva le 26 octobre 1944. Si c’est le cas, Eva aurait donc passé la sélection à son arrivée à Auschwitz et travaillé dans le camp de Birkenau.
Des doutes planent donc encore tant sur la date que sur les circonstances exactes de son décès. Il est impossible de savoir si Eva meurt de maladie, de fatigue, de malnutrition, suite à des violences ou bien dans une des chambres à gaz en arrivant à Auschwitz-Birkenau, ou après le 26 octobre.
Comme beaucoup de victimes déportées de la Shoah, ses derniers jours ne peuvent pas être totalement retracés.
C’est avec beaucoup d’émotions que nous avons trouvé le nom d’Eva (bien que l’année de naissance soit encore inexacte) dans le livre des noms des victimes de la Shoah à Auschwitz lors de notre voyage en Pologne.
Ce livre est une copie de l’original conservé au mémorial de Yad Vashem, à Jérusalem, en Israël.


Après la guerre …
Eva ne laissant ni mari, ni enfants, c’est sa mère, Jocheveth Goldberg, ou Jeanne, qui fait en 1946 des démarches après-guerre pour tenter de la retrouver en faisant une demande de recherches en Allemagne auprès du ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés. Jeanne Goldberg vit alors à nouveau à Nancy, 49 rue Hoche. Deux personnes témoignent le 29 janvier 1946 qu’Eva n’a pas de mari ou descendant, ce qui autorise sa mère à être « bénéficiaire de la prime de déportation ». Un acte de disparition est émis le 5 novembre 1948.
Jeanne fait également des démarches, en juin 1952, pour obtenir le statut de Déporté Politique pour sa fille, à titre posthume. Elle a alors déménagé à Rosny-sous-Bois, avant de s’installer dans une maison de retraite à Boissise-le-Bertrand, en Seine et Marne.
Jeanne n’aura pas eu le temps de voir que sa fille a obtenu ce statut le 29 juin 1956. Un courrier qui lui est adressé en recommandé, en juillet 1956 à la maison de retraite de Boissise-le-Bertrand, en Seine et Marne, revient au ministère des Anciens Combattants et Victimes de la Guerre avec la mention « décédée ». En effet, Jeanne est morte le 16 avril 1956 à l’hôpital Rothschild, à Paris 12e, quelques jours après ces 70 ans.
Aujourd’hui, l’histoire d’Eva Goldberg nous permet de nous rappeler la vie des victimes juives déportées durant la Seconde Guerre mondiale. Au travers des recherches et des témoignages, nous avons travaillé ensemble pour restaurer une part de l’identité d’Eva Goldberg et préserver sa mémoire pour les générations futures.
Ce projet nous rappelle aussi que, derrière chaque numéro de déportation, se trouvait une vie humaine, avec une histoire, des espoirs et des rêves qui ont été violemment détruits par les persécutions raciales et la haine antisémite.
Le nom d’Eva Goldberg figure sur le mur des noms du cimetière israélite de Gerland, près de Lyon, et sur celui du Mémorial de la Shoah, à Paris.
Cette biographie d’Eva Goldberg a été reconstituée grâce aux recherches menées par des élèves français (collège Le Plantaurel – Cazères), allemands, (St-Ursula Realschule St.-Ursula – Attendorn), ukrainiens (Kamianka School « Intelect »- Zaporizhzhia) et roumains (Colegiul Național Pedagogic- Constantin Brătescu, Constanta), dans le cadre du projet citoyen et mémoriel eTwinning Memory Keepers.
Les élèves ont travaillé en équipes internationales et ont fait des recherches dans des archives historiques, des documents administratifs et ont rassemblé des témoignages pour restaurer une part de l’identité d’Eva Goldberg, déportée à Auschwitz par le Convoi 77, et préserver sa mémoire.
Ce projet a été mené en anglais tout au long de l’année scolaire 2025-2026. La biographie a donc été rédigée par les élèves en anglais, et les élèves français se sont ensuite chargés de la réécriture de la biographie en français. Biographie en version anglaise
Classe ukrainienne: élèves du Kamianka School « Intelect » à Zaporijia accompagnés sur ce projet par leur enseignante Tetiana Shypko. Seuls trois élèves ont pu être présents pour la photo. Les autres élèves ont dû rester confinés chez eux du fait des attaques sur la ville.
Classe roumaine: élèves du Colegiul Național Pedagogic – Constantin Brătescu à Constanta accompagnés sur ce projet par leur enseignante Cristina Gila.
Classe allemande: élèves de l’école St-Ursula Realschule d’Attendorn accompagnés sur ce projet par leur enseignante Tanja Burkhardt.
Classe française: élèves du collège Le Plantaurel de Cazères accompagnés sur ce travail biographique par leurs enseignantes Marie Boyer, Marie Fournès Kyrylyszyn et Anne-Laure Même.
SOURCES
Sources officielles et administratives :
- Service Historique de la défense (SHD), DAVCC à Caen, dossier 21 P 456 520
- Archives nationales : Fiche FN
- Archives municipales de Lyon
- Archives départementales des Bouches du Rhône
- Mémorial de la Shoah
- La base de données de Yad Vashem
Nous avons trouvé des sources relatives aux camps de concentration sur :
- Les Archives d’Arolsen (ITS – Services Internationaux de Recherche).
- Le livre des noms (Auschwitz, copie du Livre des Noms de Yad Vashem).
- Nous avons trouvé des archives pour des recherches complémentaires sur : les archives du Mémorial de la Shoah.
Nous avons trouvé des témoignages oraux et écrits dans :
- Un échange de courriels avec la mairie de Biecz indiquant qu’il n’existe aucun dossier scolaire au nom d’Eva Goldberg, ni sous aucun autre nom avec cette date de naissance, ce qui laisse penser qu’elle a très probablement quitté Biecz en bas âge et n’y a pas été scolarisée.
- Un échange de courriels avec le Centre d’Histoire de la Résistance et de la Déportation (10 et 11 mars 2026, chrd.documentation@mairie-lyon.fr)
- Un extrait du livre YZKOR, une famille juive en France entre 1940 et 1944 de Franck Fajnkuchen, préface de Elisabeth Badinter et postface de Bernard Reviriego, Les éditions Secrets de pays, 2021.
Notes & références
[1] 1916 est également indiqué, fautivement, sur de nombreux documents.
[2] Le 14 août 1942, les Juifs de Biecz sont massacrés. Sur Biecz, voir le film de Samuel Muller, Un voyage pas comme les autres, dailymotion.com
[3] Jocheveth est la fille de Berl/Bernard Spielman et de Chaya Templer ou Templir. Elle est née le 11 avril 1886 à Biecz
[4] Meilech Goldberg meurt le 30 novembre 1981 au lieu-dit Bligny, à Fontenay-les-Briis, dans l’Essonne. Il était domicilié à Paris 68, rue de la Folie-Méricourt (11e)..
[5] Dossier SHD Caen, op. cit.
[6] Fiche d’écrou trouvée sur le site des archives du Rhône archives.rhone.fr
[7] Dossier SHD, op. cit.
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