Newsletter enseignants et chercheurs n°5

NEWSLETTER CONVOI 77
POUR LES ENSEIGNANTS ET CHERCHEURS

Par l’équipe Convoi 77 France et international de Sciences Po.

                                                                                                      

Guide des sources : tout ce qu’il faut savoir avant de se
lancer dans l’écriture d’une biographie

Se lancer dans l’écriture d’une biographie n’est pas chose aisée, surtout lorsque l’on n’est pas familier avec le milieu des archives. Fort heureusement, les historiens Sandrine Labeau et Alexandre Doulut ont mis en ligne un guide des sources, qui précise où se rendre pour trouver les fonds appropriés (Service Historique de la Défense, archives nationales, départementales, Mémorial de la Shoah, etc.), mais qui donne également de précieuses indications méthodologiques sur les étapes à suivre pour écrire une biographie. Ces outils, disponibles sur le site de l’association, sont d’une grande aide pour ceux qui commencent leurs travaux de recherche.

 

“Le combat n’est pas terminé”. Des élèves du collège Michel-Delalande
d’Athis-Mons lauréats du prix Ilan Halimi.

Pour la deuxième année consécutive, Clément Huguet, professeur d’histoire-géographie en Essonne, menait avec ses élèves un projet en partenariat avec Convoi 77. Grâce à une collecte minutieuse de documents d’archives ainsi qu’au témoignage d’un ancien déporté, les adolescents ont retracé l’existence des enfants de la famille Bender, Mina, Jacques, Dora et Jean. La qualité de leurs recherches, complétées par des travaux artistiques tels que des dessins, dialogues imaginaires entre les enfants et extraits sonores, leur ont valu le prix Ilan Halimi. Vous pouvez retrouver ce très beau projet sur le site de l’association : https://convoi77.org/restitution-sonore-dun-projet-a-athis-mons/

Cette restitution sonore a également fait l’objet d’un article dans le Parisien, disponible en ligne : http://www.leparisien.fr/essonne-91/essonne-la-lutte-contre-l-antisemitisme-commence-des-le-plus-jeune-age-13-02-2019-8011422.php

                                                                                                      

“L’histoire est toujours mieux perçue par les élèves lorsqu’elle est abordée par l’intermédiaire de cas concrets” : témoignage de Ghyslaine Schweizer, professeur en classe de 1ère au lycée professionnel Emile Zola (Bar le Duc, Meuse) – Biographie de Marcel MICHEL

  • Quel a été le ressenti des élèves vis-à-vis du projet? Comment se sont-ils impliqués dans le travail de recherche?

Ils ont été motivés par le projet car ce travail s’est apparenté à une enquête policière. Nous sommes partis d’une date et d’un lieu de naissance pour arriver à cette biographie que vous avez pu lire sur le site. La motivation était d’autant plus grande que cette enquête se faisait sur quelqu’un qui avait réellement existé et qui, en plus, était né dans un village dont une élève est originaire.

Tout de suite, il a fallu s’organiser : nous avons fait le point sur les informations dont nous disposions, transmises par l’association Convoi 77 puis les élèves se sont partagé le travail de recherche. Seul ou en groupe de deux, ils ont contacté une mairie ou un service d’archives par le biais d’un courrier ou d’un mail. D’autres ont fait des recherches dans les archives en ligne.  Il leur a fallu étendre les recherches au-delà du département de la Meuse, car Monsieur Marcel MICHEL était parti de ce département avec sa famille à l’âge de 2/3 ans pour ensuite aller vivre en région parisienne. Donc, au début, nos recherches sont parties dans tous les sens et les élèves attendaient toujours avec impatience les réponses.

Ce projet leur a permis aussi de prendre des initiatives, certains élèves ayant proposé de contacter des services de généalogie en ligne pour nous aider sur les recherches au niveau de Paris. C’est ce que nous avons fait et cette initiative a porté ses fruits puisqu’un membre de l’association Fil d’Ariane a été une aide très précieuse, en se rendant dans différents services d’archives de la région parisienne pour numériser les documents qui n’étaient pas en ligne.

Ce travail de recherche s’est étalé sur un an et nous faisions le point à chaque fois que nous recevions de nouvelles informations. Celles-ci nous conduisaient à lancer d’autres demandes, jusqu’à ce qu’on ne puisse plus obtenir de nouvelles informations.

Ils avaient aussi à cœur de retrouver des descendants. Je dois dire que cette partie-là, c’est plus moi qui l’ai gérée car j’ai téléphoné à plusieurs homonymes dans plusieurs villes de la région parisienne. J’ai ainsi pu retrouver trois descendants de deux générations différentes.

 

  • Quelle était l’étendue de leurs connaissances sur la Shoah avant le projet ? Et après ? Considérez-vous que cette expérience les a sensibilisés à l’horreur des camps de concentration ? Si oui, pensez-vous que cela peut avoir un impact sur la manière d’appréhender le monde et les drames humains qui subsistent dans certains pays ? 

Avant d’entamer ce projet, les élèves avaient très peu de connaissances sur la Shoah, je peux même dire pas du tout pour la grande majorité.

Maintenant, un an et demi après avoir entamé ce projet, c’est complètement différent. Ils ont appris l’histoire « autrement », par le biais d’un cas concret et cela a été beaucoup plus parlant pour eux que n’importe quel cours que j’aurais pu leur transmettre.

Il faut dire que nous avons complété cette biographie, en deuxième année, par la visite des différents lieux où ce déporté était passé : nous nous sommes rendus en septembre 2019 au camp de Drancy (grâce à une subvention accordée par le Souvenir Français du comité de Bar le Duc et par la Direction des Patrimoines de la Mémoire et des Archives de Paris). Rien que le voyage fut une aventure = train, métro que certains n’avaient encore jamais pris. A Drancy, nous avons eu une visite guidée qui a permis aux élèves de mieux comprendre les conditions de détention des déportés grâce notamment aux dessins et aux vidéos et ils ont surtout pu localiser sur la maquette et, concrètement dans la cité de la Muette, le bloc et l’étage où fut interné Marcel MICHEL en 1942. Nous avions obtenu cette information durant les recherches de l’année précédente.

Puis,  j’ai proposé ce projet au Mémorial de la Shoah. Notre projet a été retenu et nous avons fait partie des onze classes retenues pour se rendre à Auschwitz-Birkenau. Nous nous y sommes rendus jeudi 6 février 2020. Au fur et à mesure de la visite, les élèves ont pu se rendre compte du caractère industriel dans le projet de mise à mort des nazis : ils ont vu cet espace immense de 175 ha, les ruines du crématorium III avec sa salle de déshabillage et sa chambre à gaz qui pouvait contenir jusqu’à 1500 personnes, les boîtes de Zyklon vides dans le musée qui laissent imaginer le nombre de morts qu’elles ont entraînées, les amoncellements d’objets personnels et les cheveux qui servaient à faire du tissu. Ils se sont aussi rendu compte que ce lieu avait été le dernier endroit pour Marcel MICHEL. La boucle était bouclée.

A cela s’est ajoutée la visite du Mémorial de la Shoah avant  le départ pour Auschwitz. Là, ils ont été impressionnés par cette salle où sont épinglées des centaines de photos de déportés, hommes, femmes, enfants, bébés.

Donc, je peux vous dire que « oui » cette expérience les a sensibilisés sur le drame de la Shoah et les a fait réfléchir sur ce que l’intolérance, le non-respect de l’Autre pouvaient avoir comme conséquences.

D’ailleurs, le terme de « passeur de mémoire » dont on leur a parlé au Mémorial de la Shoah, a été repris par Kévin,  un élève de cette classe, lors d’un différend qui l’a opposé à un autre élève qui avait fait le salut hitlérien dans la cour du lycée. Il lui a rappelé en quelques mots de quoi la politique nazie avait été capable en décrivant ce qu’il avait vu et appris au cours de ce projet.

 

  • Quelles sont les difficultés auxquelles vous vous êtes heurtée ? (concernant les recherches dans les archives)

La grande difficulté est que Marcel MICHEL a quitté très tôt la Meuse pour la région parisienne. Au départ, je m’imaginais rester dans la région et amener mes élèves aux archives de Bar le Duc, dans le village du déporté, éventuellement les amener dans d’autres villages pour interviewer des descendants…..mais en fait rien ne s’est passé comme prévu. Nous avons vite épuisé nos recherches sur place et il a fallu se rendre compte que nous ne pouvions pas nous rendre dans tous les services d’archives du 75 – 78 – 92 ou encore 94. De plus, nous nous sommes heurtés au fait que de nombreux documents n’étaient pas encore numérisés. Heureusement,  nous sommes tombés sur Monsieur Nomdedeu, un bénévole de l’association le Fil d’Ariane,  spécialisée en recherche généalogique. Il a eu la gentillesse de se rendre dans tous les endroits que nous lui indiquions pour aller photographier tel ou tel document. C’est ainsi que nous avons pu amasser une soixantaine de documents sur Marcel MICHEL et sa famille.

Par contre, nos recherches en Normandie sont restées vaines : nous savions que Marcel MICHEL avait acheté une propriété dans le Calvados au nom de son amie et certains documents nous ont confirmé qu’il a été arrêté, une deuxième fois, en 1944 dans une ville de ce département. Malheureusement, nous n’avons rien pu retrouver : la ville de Caen ayant été fortement détruite lors du débarquement et de la libération, il est fort possible que les documents que nous recherchions aient été détruits. De plus, à Auschwitz, les allemands ont détruit une grande partie des archives, il n’y a pas de registre des décédés pour 1944. Les élèves et moi-même avons dû nous résigner à ne pas pouvoir écrire ce pan de l’histoire de Marcel MICHEL.

Autre difficulté, la famille, les descendants ! Ils nous ont bien sûr fourni quelques informations complémentaires mais ce fut limité car la personne qui avait connu Marcel MICHEL n’avait que 8 ans à l’époque. De plus, j’ai senti au téléphone que ce passé restait douloureux. Et dernièrement, j’ai même reçu un coup de fil inquiet qui me demandait de retirer de la biographie tous les noms de famille et des villes où ces personnes habitaient, par crainte de l’antisémitisme. Comme quoi, ce travail sur l’acceptation de l’Autre est loin d’être inutile.

 

  • Recommandez vous l’expérience à vos collègues ? En tant que professeur, qu’en avez-vous appris ? 

Oui, bien sûr que je recommande cette expérience à mes collègues : ce travail a permis aux élèves de s’organiser, de rédiger, de synthétiser des informations et leur a permis de travailler en équipe. Ils ont aussi appris à rechercher des documents dans les archives et surtout à les lire, car l’écriture au porte-plume du début XXème était difficile à déchiffrer pour eux !

Ils ont enrichi leurs connaissances sur la Shoah à l’aide de procédés variés donc motivants pour eux : consultation de documents d’archives, rédaction de lettres, de mails, élaboration d’un arbre généalogique, visites concrètes, création de diaporamas, création d’un roman graphique, présentation d’une exposition…

Chacun a pu y trouver sa place et chacun a réagi différemment en fonction du travail ou de la visite.

En tant que professeur, j’ai apprécié le fait de ne pas être seulement dans un rôle d’enseignante, j’ai plutôt joué un rôle de coordinatrice et de personne ressource lorsque les élèves étaient bloqués. Ce projet m’a conforté dans l’idée que l’histoire est toujours mieux perçue par les élèves lorsqu’elle est abordée par l’intermédiaire de cas concrets. En revanche, je pense qu’il est indispensable d’avoir une classe à effectif réduit (ici 10 élèves) et il est aussi très important d’avoir l’adhésion de son public. C’était le cas avec cette classe, d’ailleurs, ils sont prêts à recommencer un travail de recherche pour un autre déporté.

Ce projet, enfin, m’a permis de travailler en interdisciplinarité : avec ma collègue d’arts appliqués avec qui les élèves vont illustrer le roman graphique dédié à Marcel MICHEL, avec ma collègue de commerce avec qui nous nous sommes rendus au Mémorial et à Auschwitz.

                                                                                                       

Publication récente
Sortir de l’ère victimaire de Iannis Roder ou comment enseigner la Shoah en 2020

Iannis Roder est professeur agrégé d’Histoire dans un collège à St Denis et responsable de la formation des enseignants auprès du mémorial de la Shoah. Le 22 janvier dernier, sortait son ouvrage Sortir de l’ère victimaire (aux Editions Odile Jacob) dont le sous-titre, “Pour une nouvelle approche de la Shoah et des crimes de masse”, pose la question de la mémoire à l’heure où les derniers survivants disparaissent.

Car en effet, pour les jeunes élèves qui étudient la Shoah, la rencontre avec un ancien déporté semble être tout particulièrement bénéfique, en ce qu’elle provoque un “effet de réel” nécessaire à la compréhension des faits. Cette pratique s’est généralisée dans l’enseignement secondaire, jusqu’à devenir indispensable dans l’enseignement de la Shoah. Alors, comment faire quand les anciens déportés, autrefois piliers de la mémoire, s’éteignent?

Pour remédier à ce problème, Iannis Roder considère qu’il faut faire des élèves des apprentis historiens, qui sont amenés à retracer des petites histoires dans la grande. Il cite alors l’exemple de l’action de l’association Convoi 77, qui, en proposant aux classes de reconstituer une biographie à partir d’ archives, contribue à la persistance de la mémoire. Mettre les élèves en situation d’investigateur leur permet d’enquêter, d’examiner et de questionner les archives, mais aussi de prendre conscience des petites mains qui, chacune à leur manière, étaient au service d’une politique raciste et génocidaire étatique. L’enseignement de la Shoah vise donc une politique d’utilité générale, qui favorise le développement d’un esprit critique, d’analyse, face à tout ce qui relève de faits de racisme généralisé menant à des crimes de masse.

“L’ère du témoin” touche à sa fin, et il nous faut aujourd’hui réfléchir à de nouvelles façons de sensibiliser les jeunes générations à des faits d’une innommable atrocité qui ne doivent pas être répétés.

 

Du 13 au 15 décembre 2019, un séminaire de formation d’enseignants macédoniens du nord et grecs, a été organisé conjointement par la Grèce, le Musée de l’Holocauste des Juifs de Macédoine et le Mémorial de la Shoah au Musée de l’Holocauste des Juifs de Macédoine, à Skopje. L’association Convoi 77 a été invitée à présenter son projet par Bruno Boyer, du Mémorial de la Shoah à participer à ce séminaire à des enseignants de Macédoine du nord et de Grèce, surtout originaires de Thessalonique, intéressés par l’enseignement de la Shoah.

 

Événements à venir

Le 27 janvier 2021, les porteurs des plus beaux projets réalisés par des classes de 10 pays seront reçus au Palais de l’Elysée par le Président de la République Française. 

Qui peut participer ?

Toutes les classes ayant pris part au projet “Convoi 77” – en France et à l’étranger – depuis l’année scolaire 2016/2017 sont invitées à participer. Les bibliographies doivent avoir été publiées sur le site de l’association. Les classes inscrites au cours de l’année scolaire 2019/2020 peuvent aussi participer si les biographies sont remises avant le 30 juin 2020.

Comment participer ?
 

  • Un questionnaire de participation sera à remplir. Ce dernier sera adressé aux enseignants concernés mi-2020. Les principaux critères de sélection des projets sont : 
  1. Avoir déposé une biographie avant le 30 juin 2020
  2. La qualité du projet, dans ses finalités pédagogiques et didactiques 
  3. L’investissement des élèves 
  4. L’originalité du projet 
  5. La rigueur et la profondeur du travail d’enquête historique 
  6. La mobilisation des ressources du territoire et le travail local d’histoire 
  7. Les partenariats 


Une rencontre internationale aura lieu à Paris les 26 et 27 janvier 2021. Les classes lauréates enverront des enseignants et élèves ambassadeurs de leur projet qui auront l’opportunité de participer à : 

  • 2 jours de visite à Paris
  • des rencontres avec des élèves d’une dizaine de pays participants 
  • un échange exceptionnel au Palais de l’Elysée avec le Président de la République française 

Des questions ? contact@convoi77.org 

               

Aide et conseils sur la plateforme Convoi 77

http://www.edu.convoi77.org 

  1. EDU est une plateforme pour VOUS et vos classes afin de mieux gérer votre projet : c’est là que l’équipe de Convoi 77 partage avec vous les documents qu’elle possède concernant les déportés sur lesquels vous travaillez !
  2. Pour accéder aux documents mis à votre disposition, sélectionnez “Mon éditeur de biographie”, pour chercher le nom du déporté en question dans la barre de recherche. Cliquez sur son nom, puis sur “View déporté” en haut à gauche.
  3. Pour mieux comprendre comment utiliser la plateforme, vous pouvez utiliser les “tutoriels” présents sur le site.
  4. Posez toutes vos questions et partagez vos idées ou réflexions avec les autres professeurs du projet ainsi qu’avec l’équipe sur le “forum”!
  5. Vous pouvez notamment organiser des visites au Mémorial de la Shoah ou dans d’autres lieux de mémoire ailleurs en France en sélectionnant “Les étapes du Projet” puis “Visiter un lieu de mémoire”.
  6. Mettez le site edu.convoi77 en favori pour y avoir accès plus facilement!

Une question ? N’hésitez pas à contacter l’équipe France de Sciences Po à l’adresse suivante: convoi77sciencespo@gmail.com

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