Schlama FISCHER

1928-2009 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Schlama FISCHER (1928-2009)

Les biographies de Schlama (Simon, dit Willy) et d’Ida Fischer ont été réalisées par 46 élèves volontaires de classes de 3ème du collège de Dieulouard (54).
Tout au long d’une année scolaire, les élèves se sont engagés dans un travail de recherche historique approfondi et rigoureux.

Pour mener à bien ce projet, ils se sont appuyés sur des archives fournies par l’association Convoi 77, qu’ils ont ensuite complétées par des recherches menées auprès de plusieurs institutions de référence : le Mémorial de la Shoah, les archives de Berlin, les archives de Bad Arolsen, ainsi que les services de l’état civil des villes de Nancy et de Nantes.
Des archives plus personnelles ont également été mises à disposition par Madame Delaveau, cousine de la famille Fischer, apportant un éclairage humain et familial précieux à ce travail de mémoire.

Nous avons fait le choix d’intégrer également quelques éléments des biographies des parents Fischer, déportés par le convoi n°42, afin de contextualiser le parcours familial et de leur rendre un hommage indispensable à la compréhension de l’histoire de leurs enfants.

Ce projet collectif a constitué le point de départ de la préparation du projet “Mémoire et Citoyenneté” dans le cadre du Concours national de la Résistance et de la Déportation (CNRD).
Il a permis aux élèves de développer des compétences de recherche, d’analyse et d’écriture, tout en s’inscrivant dans une démarche citoyenne essentielle de transmission de la mémoire.

Les parents de Willy

Fajga Fanny Lewkowicz est née le 17 août 1906 à Tomaszow (Mazowiecki), en Pologne. Elle a deux frères et sœurs : Abraham, né en 1899, et Bajla, née en 1908. Ses parents sont Zelman et Golda Goldberg.

Israel Jacob Fischer est né le 15 septembre 1902 à Grabow, en Pologne. Il est le fils de Schlama Wolf et de Liba Itta Glanc.

Les deux familles sont juives et vivent dans un contexte de forte discrimination et de difficultés économiques, qui touchent particulièrement la communauté juive polonaise dans les années 1920.

L’émigration

Plusieurs facteurs poussent les Juifs polonais à quitter la Pologne à cette époque. Les pogroms et l’antisémitisme ambiant, les violences, les discriminations à l’emploi ainsi qu’une économie dévastée par la guerre et l’hyperinflation de 1923 entraînent une grande précarité. La France, en reconstruction après la Première Guerre mondiale, apparaît alors comme une terre d’opportunités, manquant de main-d’œuvre et offrant des perspectives meilleures.

Abraham Lewkowicz quitte la Pologne pour Paris en 1922, puis s’installe à Nancy en 1925, et il est probable que ses sœurs le rejoignent dans cette ville.

Fajga Fanny Lewkowicz et Israel Jacob Fischer se marient le 22 août 1927 à Nancy. Israel Jacob Fischer exerce le métier de tailleur d’habits, tandis que Fanny est tailleur puis couturière. Ils sont installés initialement au 98, rue Saint-Nicolas à Nancy.

Acte de mariage des parents Fischer
© Archives de la ville de Nancy.

Naissance de Willy et vie à Nancy

Schlama (Simon, dit Willy) Fischer est né le 26 janvier 1928 à Nancy, en Meurthe-et-Moselle. Il est le fils d’Israël Jacob Fischer, tailleur d’habits[1], et de Fajga Fanny Lewkowicz (ou Lewkovitz), tailleur, puis couturière. Son prénom est celui de son grand-père paternel.

En juin 1928, la famille Fischer quitte Nancy pour Hambourg en Allemagne, où vivait un cousin d’Israël. Là, il travaille avec son cousin, Adolf Fischer. Ils vivent au Schlump n°25, dans un appartement de leur cousin. Israël réussit à économiser de l’argent et, en 1931[2], par crainte de la prise du pouvoir par les nazis, il décide de retourner avec Fajga et Willy à Nancy.

La sœur de Willy, Ida Juliette, naît à Nancy le 25 novembre 1931. La famille vit dans le quartier juif de Nancy, où Willy et sa sœur découvrent la vie en communauté et la culture juive. Israël Fischer et son beau-frère Abraham Lewkowicz achètent un local commercial au 95, rue de la Hache pour y ouvrir un magasin de chaussures. La famille déménage en 1936 au 16 rue Raugraff. Abraham Lewkowicz, lui, vit boulevard Clemenceau.

16 rue Raugraff à Nancy en 2026

Mais les Fischer sont rattrapés par la domination nazie. La guerre d’abord, puis l’Occupation va bouleverser l’équilibre précaire qu’ils avaient reconstruits en France.

En effet, les Nazis occupent Nancy en juin 40. Les Juifs doivent se déclarer et certaines professions leur sont interdites dès octobre 1940. En mai 1942[3], la situation devient plus tendue encore. Le port de l’étoile jaune est décrété obligatoire en zone occupée à partir de l’âge de 6 ans.

La famille déménage au 29, rue Notre-Dame à Nancy. Le 19 juillet 1942, une rafle est prévue dans la ville, mais elle échoue grâce à l’alerte donnée par les policiers aux familles juives[4].

La famille Fischer décide de quitter la ville. Elle est arrêtée peu après au passage de la ligne de démarcation aux alentours de Dijon. Les parents sont envoyés au camp de transit de Drancy le 26 octobre 1942. Ils sont ensuite déportés le 6 novembre 1942 vers Auschwitz dans le convoi 42, qui transporte environ 1 000 personnes, dont 217 enfants. Parmi ces déportés se trouvent également Bajla Lewkowicz, la tante maternelle de Willy, et son mari Meyer Kenigsberg. Dès leur arrivée à Auschwitz, 773 personnes, y compris Fanny et Israel Fischer, sont assassinées dans les chambres à gaz. Le décès des parents de Willy et de ses proches est officiellement fixé à la date du 11 novembre 1942.

Cartes d’enregistrement des parents Fischer au camp de Drancy
©Mémorial de la Shoah

Il est probable que les familles Fischer, Kenigsberg et Lakcinski, toutes originaires de Nancy, aient été arrêtées lors de la même opération. Le témoignage de Suzanne Lakcinski confirme ce contexte : elle témoigne qu’elle a été arrêtée avec sa sœur Lina et ses parents dans un train le 4 août 1942 à Auxonne (Côte-d’Or) alors qu’ils tentaient de rejoindre la zone libre. Suzanne, qui est née en 1929, et sa famille ont été emmenées par camion à la Kommandantur de Dijon. Comme les parents de Willy et d’Ida, ainsi que ceux de Chaim David, ses parents sont déportés par le convoi 42. Une infirmière vient récupérer Suzanne et Lina. Elle les emmène à l’hôpital de Dijon. Elles sont ensuite envoyées au camp de Drancy. Elles font partie d’un groupe composé de sept enfants. Un gendarme français explique que les enfants de moins de quinze ans ne sont pas autorisés à rentrer dans le camp[5]. Il leur dit de partir, de se sauver. La religieuse emmène les enfants à la maison d’enfant de l’Union Générale des Israélites de France (UGIF) de la rue Lamarck.

Le passage à l’UGIF

L’UGIF, Union Générale des Israélites de France, a été créée en novembre 1941 par le régime de Vichy à la demande des autorités allemandes. Elle est étroitement contrôlée par l’occupant. Tous les Juifs, français ou étrangers, doivent s’y affilier. Les organisations juives dissoutes par le gouvernement ont vu leurs biens transférés à l’UGIF. Organisation d’aide sociale, qui distribue des subsides, des vêtements, etc., elle gère des asiles pour vieillards et de nombreuses maisons d’enfants, à Paris, en banlieue et en France. L’UGIF est dissoute à la Libération, le 12 septembre 1944.

Les enfants venus de Nancy qui sont conduits le 7 août 1942 au centre de l’UGIF[6] situé rue Lamarck sont Suzanne et Lina Lakcinski, Ida Juliette Fischer et son frère Schlama (Willy) ainsi que leur cousin Chaïm David Kenigsberg.

Dès le 8 août 1942, la responsable du centre de la rue Lamarck demande des cartes d’alimentation pour les petits Nancéens. Le 4 septembre 1942, Ida et son frère figurent sur une liste d’enfants ne possédant pas de carte textile, document indispensable pour obtenir des vêtements. La carte arrive le 12 décembre. Willy, qui chausse du 40, n’a sur lui qu’une paire de chaussures en très mauvais état[7]. Comme il a 14 ans, il est classé dans la catégorie J3 (Jeune 3e catégorie[8]), ce qui lui donne accès à des cigarettes. Les enfants sont scolarisés, font shabbat et célèbrent les fêtes juives.

Le frère et la sœur sont ensuite séparés. Ida est envoyée dans différentes maisons d’enfants de l’UGIF (voir sa biographie sur ce site).

Les 10 et 11 février 1943, une grande rafle vise les Juifs apatrides de Paris et sa banlieue. Les arrestations débutent par celles de 42 enfants des maisons de l’UGIF. Français par déclaration de leur père devant le juge de paix de Nancy, les enfants Fischer ne sont pas directement concernés, mais tous les jeunes pensionnaires sont conscients que le danger n’est pas écarté. Il est probable qu’Ida, qui est allée au centre « Guy-Patin », où furent arrêtés de nombreux camarades, le sente bien.

Le 12 juillet 1943, Willy quitte la rue Lamarck pour être accueilli à l’Organisation de Reconstruction par le Travail (ORT), une école de formation professionnelle pour adolescents juifs dirigée par Georges et Ida (Itta) Lewitz (ou Levitz), 4bis rue des Rosiers, au cœur du quartier juif du Marais.

Là, il devient apprenti tailleur. Le couple Lewitz[9] tente de protéger les élèves et de recréer une atmosphère familiale, tandis que l’école sert également d’abri pour des personnes recherchées et de dépôt de documents, notamment pour l’OSÉ, l’Œuvre de secours à l’enfance, qui cache des enfants juifs.

Willy se rapproche de sa sœur en passant du temps avec elle chaque dimanche, conscient qu’il ne reverra probablement jamais ses parents.

Extrait du témoignage de Raymonde Frazier qui a rencontré Willy à Paris
©Mémorial de la Shoah

Liste des enfants sortis du centre Guy-Patin le dimanche 14 février 1943 chez leur « correspondants » ©Yivo / Mémorial de la Shoah

Groupe d’enfants juifs du centre Lamarck, Paris. années 1940
Note sur les positions des personnes : De gauche à droite, au premier rang : Elie Astruc, Jacques Friedman, Jacques Skornik, Samuel Bosler, Julien Jellen, René Berkowicz ; au deuxième rang : Stella Schmidt, Jean Schmidt, Jacques Friedman ; au troisième rang : Anna Kupka, Joseph Stern, Henri Bosler, Marie Winograd, Willy Fischer, Gaston Kurtz, Mirra Gurewicz, Mademoiselle Appelbaum et Georges Winograd. On remarque les étoiles cousues sur le côté gauche de la poitrine sur les vestes de plusieurs enfants. Le port de l’étoile jaune était obligatoire (en zone occupée uniquement) à partir de l’âge de 6 ans. ©Mémorial de la Shoah/Coll. Berthe Ertel

Groupe de pensionnaires (Henri Boski, Willy Fischer, Bernard Bébelski) et de membres du personnel d’encadrement (Myrha) du foyer de l’UGIF, 16 rue Lamarck, Paris 18e, 1942-février 1943
Note sur les positions des personnes : Myrhra en blanc est debout, 3e rangée du haut, juste derrière Willy Fischer. Henri Boski (avec un béret), assis sur le banc, 2e rangée, 4e en partant de la droite. Willy Fischer, assis sur le banc, 2e rangée, 3e en partant de la droite. Bernard Bébelski, assis sur le banc, 2e rangée, 2e en partant de la droite. ©Mémorial de la Shoah/Coll. Berthe Ertel

Enfants posant avec le personnel d’encadrement à la Maison d’enfants de la rue Lamarck, Paris 18e arrondissement, 09/1942
Note sur les positions de personnes : Au premier rang : (au-dessus de la croix) Annette Muller, (au-dessus des deux croix) Michel Muller (©Mémorial de la Shoah/Coll. Berthe Ertel).

Photographie de Robert Naimark[10] et Willy Fischer. Paris, France, fin 1943.
Note sur les positions des personnes : De gauche à droite : Willy Fischer, Robert Naimark, inconnu. ©Mémorial de la Shoah/Coll. Berthe Ertel

 

Enfants posant avec le personnel d’encadrement à la Maison d’enfants de la rue Lamarck, Paris 18e arrondissement.1942-1944
Note sur les positions des personnes : Au premier rang, de gauche à droite : Jacques Kadecki (2e), Charles Kruk (3e), Henri Boski (6e), Willy Fisher (7e). Au deuxième rang : Samuel Boski, Georges Winograd, Sarah Lokcinski 8e). Au troisième rang : Jacques Feldmass, Julien Jellen, Henriette Balez (4e), Betty Saltiel (5e), Lina Lokcinski (6e), Oscar Grinpas (8e) ©Mémorial de la Shoah/Coll. Berthe Ertel

En 1943, certains élèves de l’ORT sont arrêtés à l’école ou chez eux pendant les vacances. En juin, 1944, d’autres arrestations frappent l’ORT. Georges et Ita sont arrêtés avec des élèves et déportés par le convoi 76, qui quitte la gare de Bobigny le 30 juin. La situation s’aggrave avec la rafle du 22 juillet 1944, qui concerne six maisons d’enfants de l’UGIF à Paris et en région parisienne[11].

Willy, âgé de 16 ans, est arrêté lors de cette immense rafle au 4 bis, rue des Rosiers. Il est interné à Drancy sous le double prénom de Schlama Simon. Il dépose à la « fouille » la maigre somme de 60 francs ; contre laquelle un reçu lui est donné. Il reçoit le matricule 37.513. Il reste dans le camp du 22 au 30 juillet 1944. Là, il est rejoint par sa sœur, raflée avec ses camarades de la maison d’enfants de Saint-Mandé dans la nuit du 24 juillet.

Informations fournies par Willy Fischer dans son dossier pour l’obtention du titre de Déporté politique, dans lequel il raconte les conditions de son arrestation. © SHD/Caen

Carte d’enregistrement au camp de Drancy de Willy Fischer
©Mémorial de la Shoah

 

Le 31 juillet 1944, Willy part avec sa sœur dans le dernier grand convoi de Drancy vers Auschwitz, qui sera après-guerre désigné comme le convoi 77.

Ils arrivent le 3 août. Ses maigres biens lui sont confisqués : ses vêtements et des bijoux.

Sa sœur Ida, trop jeune pour travailler, est gazée le jour-même. Willy fait partie de ceux ont été sélectionnés pour le travail, il est tatoué sur le bras gauche du matricule B-3751.

Parcours de déportation

Ensuite, Willy est affecté à un camp dans le camp, Monowitz, camp de travail lié à l’usine Buna-Werke d’Auschwitz. Il s’agit de finir la construction d’une usine d’IG Farben destinée à la fabrication du caoutchouc, qui n’aura pas le temps de fonctionner.

Les conditions y sont extrêmement difficiles, et la survie dépend de sa résistance physique.

Le 26 octobre 1944, Willy est transféré au camp de Stutthof, près de Danzig, puis au camp de Hailfingen, annexe de Natzweiler , le 1er décembre 1944, avec le matricule 40.580. Le 13 février 1945, il est envoyé à l’infirmerie du camp de Vaihingen, destiné aux détenus malades.

Les transferts successifs entre camps s’expliquent par le repli stratégique face à l’avancée de l’Armée rouge, par le besoin de main-d’œuvre dans les industries de Dantzig, par la saturation d’Auschwitz due à l’arrivée massive de Juifs hongrois et aux épidémies, ainsi que par l’utilisation de Stutthof comme camp-pivot pour redistribuer les prisonniers vers d’autres sous-camps (Source wikipedia).

Willy est libéré le 7 avril 1945 par les troupes françaises et transporté à l’hôpital des Diaconesses de Speyer (Spire) le 10 avril, puis à l’hôpital de la ville de Speyer du 16 au 21 avril 1945 en raison de sa grande faiblesse physique.

Carte des transferts de Willy Fischer établie après la Libération
©Bad Arolsen/ITS

Reconstruire sa vie et faire reconnaître ses droits

Quand Willy est examiné par un médecin au centre de rapatriement, alors qu’il sort de l’hôpital, on constate qu’il pèse 56 kilos pour 1,66m et qu’il a des poux. Son état est jugé « moyen » et il est bon pour un retour à Paris en chemin de fer[12].

Après la guerre, une demande de recherche est faite par son oncle maternel Abraham Lewkowicz. Le 16 mai, alors que Willy n’est pas encore rentré en France, un courrier est envoyé par la direction régionale de Nancy du ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés de chercher « Willy Fischer 17 ans, venant de l’hôpital de Spire » dans les hôpitaux de Paris. On doit faire connaître l’adresse actuelle de monsieur Lewkowitz, 11 place Henri-Mangin à Nancy.

Willy est rapatrié en France le 21 mai via le centre de Saverne et du Lutetia. Il a ensuite rejoint Nancy, où sont oncle Abraham vivait.

Abraham Lewkowicz (archives familiales transmise par Mme Delaveau, sa petite-fille)

Willy quitte Nancy pour s’installer à Paris. En 1948, il habite au 53 boulevard Saint-Germain et obtient un certificat de déportation. Il part ensuite pour Israël comme engagé volontaire dans la guerre israélo-arabe dans le cadre du programme Machal, puis revient à Paris en août 1949.

Il demande un secours au Comité juif d’action sociale et de reconstruction (Cojasor) le 18 octobre 1949. Il est indiqué qu’il parle et écrit le français, l’anglais, l’allemand et le yiddish. Il prend le métier de tailleur, pour lequel il a été formé à l’ORT et qu’exerçaient déjà ses parents et son oncle.

Il réside successivement au 22 rue Saint-Antoine entre 1951 et 1953[13], au 7 rue Pierre-Chausson, dans le 10e de Paris

Le 23 mai 1953, il épouse Suzy Ritta Faigenbaume à la mairie du 11e arrondissement de Paris.

En 1956, il vit 3 rue Crespin-du-Gast à Paris 11e, puis au 1 rue Noëlle, à Roanne.

Acte de naissance de Willy Fischer indiquant son mariage avec Suzy Ritta Faigenbaume
©service d’état civil de Nancy

Willy entreprend les démarches pour faire reconnaître le statut de sa sœur Ida/Juliette (voir la biographie d’Ida sur ce site). Il obtient le titre de déporté politique le 29 novembre 1954 et effectue des démarches de compensation auprès de l’Allemagne dans les années 1950 et 1960[14].

Le 28 mai 1956, le décès d’Ida/Juliette est officiellement transcrit sur les registres de l’état civil. Le 15 novembre 1957, une première demande de la mention « Mort pour la France » est faite. Le 4 mars 1958, Ida obtient à titre posthume le titre de déportée politique. Grâce aux démarches engagées par Willy, la mention « Mort pour la France »

Carte de déporté politique de Willy Fischer (Archives de Berlin).

Sa femme décède le 2 mars 1995 à Nantes et Schlama (Willy) Fischer meurt le 29 mai 2009, également à Nantes.

Le parcours de Willy Fischer incarne la mémoire de ceux qui ont survécu à la Shoah, portant seuls le souvenir de leur famille disparue, et rappelle l’importance de transmettre cette histoire pour qu’elle ne soit jamais oubliée.

 

Cette biographie a été réalisée par 44 élèves volontaires de classes de 3e du collège de Dieulouard (Meurthe-et-Moselle).

Tout au long d’une année scolaire, les élèves se sont engagés dans un travail de recherche historique approfondi et rigoureux.

Pour mener à bien ce projet, ils se sont appuyés sur des archives fournies par l’association Convoi 77 (YiVO RG-210 UGIF), qu’ils ont ensuite complétées par des recherches menées auprès de plusieurs institutions de référence : le Mémorial de la Shoah, les archives de Berlin, les archives de l’ITS / BAD AROLSEN, ainsi que les services de l’état civil des villes de Nancy et de Nantes.

Des archives plus personnelles ont également été mises à disposition par madame Delaveau, cousine de la famille Fischer, apportant un éclairage humain et familial précieux à ce travail de mémoire.

Nous avons fait le choix d’intégrer également quelques éléments des biographies des parents Fischer, déportés par le convoi n°42, afin de contextualiser le parcours familial et de leur rendre un hommage indispensable à la compréhension de l’histoire de leurs enfants. 

Ce projet collectif a constitué le point de départ de la préparation du projet « Mémoire et Citoyenneté » dans le cadre du Concours national de la Résistance et de la Déportation (CNRD).

Il a permis aux élèves de développer des compétences de recherche, d’analyse et d’écriture, tout en s’inscrivant dans une démarche citoyenne essentielle de transmission de la mémoire.

Notes & références

[1] Israël Jacob Fischer est né le 15 septembre 1902 à Grabow, en Pologne. Fajga, dite Fanny, est née Lewkovitz le 17 août 1906 à Tomaszow-Lubelski, en Pologne (SHD : AC 21 P 450 286)

[2] La Grande Dépression frappe durement l’Allemagne à partir de 1929, pendant que la République de Weimar perd de son aura. La droite s’installe au pouvoir tandis que le parti nazi connaît un succès aux élections législative de septembre 1930, avec 18% des voix. Il devient le deuxième parti politique le plus grand au Parlement.

[3] Dès avant la déclaration de guerre, la population de Nancy s’inquiète d’une guerre prochaine, malgré la protection que doit assurer la Ligne Maginot. Un plan d’évacuation de la population civile a été préparé de longue date. On ignore si les Fischer furent évacués. L’oncle de Willy, Abraham Lewkowicz avec sa femme Gitla et leur fils Louis se sont trouvés dans la région de Poitiers. Ils ont résidé à La Saussonnerie-Migné, dans la Vienne, et ont été arrêtés. Les parents ont été déportés par les convois 13 et 14, tandis que Louis a été placé dans des maisons de l’UGIF et a été déporté, comme Willy et Ida, par le convoi 77.

Après d’intenses bombardements sur la ville, le 18 juin 1940, Nancy est envahie par les troupes hitlériennes Suite à la défaite de la France, à la signature de l’armistice le 22 juin 1940, et à l’annexion de l’Alsace et de la Moselle, la Meurthe-et-Moselle devient la limite frontalière avec l’Allemagne. Nancy devient la préfecture de Région. Dès octobre 1940, des mesures anti-juives sont prises par décrets-lois, qui concernent l’ensemble du territoire français. Les préfets peuvent interner dans des camps en France tous les Juifs étrangers.

[4] Sur l’action exceptionnelle de ces sept policiers du service des étrangers de la préfecture de Nancy, voir : nancy54.com

[5] Ce qui n’est évidemment pas vrai ! Et les enfants comme les adultes « convoyés » à Drancy le sont par un gendarme ou un agent de police français. Plusieurs enfants juifs, la plupart de nationalité française, étaient pris en charge par l’UGIF. Ils étaient connus des autorités allemandes et considérés comme « bloqués ». Ils pouvaient être ramenés à Drancy n’importe quand pour être déportés. Ce gendarme

[6] Ce centre, situé sur la butte Montmartre, dans le 18e arrondissement de Paris, est celui par lequel passent tous les enfants qui sont pris en charge par l’UGIF. Ils sont soumis à des examens médicaux et pour ceux qui n’ont rien, une majorité, le centre fait des demandes cartes de tickets de nourriture et de textile. En effet, depuis le 17 septembre 1940, les Français sont rationnés, aussi bien pour l’alimentation que pour les autres biens de consommation.

[7] Archives YIVO, au Mémorial de la Shoah, rapport de l’UGIF Lamarck à la direction de l’UGIF, rue de Téhéran.

[8] Voir genealanille.fr

[9] Georges Lewitz, un ancien du mouvement des Éclaireurs israélites de France (EEIF, scouts juifs) a une approche nouvelle de l’enseignement. Source : biographie de Itta Levitz, née Bajtel, en ligne, Mémorial de la Shoah.

[10] Robert Naimark est né Salomon Najwark en 1928. Il est le fils de Mala Riva et d’Icek Najmark et le frère de Maurice. Lors de la rafle du Vel’ d’Hiv’, Robert et son père sont arrêtés. Son père est ensuite hospitalisé, puis déporté le 24/08/1942 par le convoi 23. Robert, dont la mère est hospitalisée pour handicap mental, est accueilli à l’École du Travail, 4 bis rue des Rosiers. Il y est ami avec Willy Fischer. Ils se font photographier dans un studio rue de Rivoli. Robert, Maurice et leur mère ont survécu.

[11] Le SS qui dirige le camp de Drancy a décidé de déporter tous les enfants qui y résident, de même que le personnel qui y travaille. Sur les rafles des maisons de l’UGIF, voir les biographies des enfants sur ce site.

[12] Fiche médicale, in dossier SHD, op. cit.

[13] du 28 août 1951 au 27 mai 1953.

[14] On note que dans un courrier de son avocat du 30 mai 1961, Maître Maurice Grinspan, celui-ci l’appelle « Dan ». Il s’agit probablement du nom « israélien » qu’a adopté Willy lors de son engagement dans la guerre de création d’Israël. In dossier SHD Schlama FISCHER.

Contributeur(s)

Cette biographie a été réalisée par 44 élèves volontaires de classes de 3e du collège de Dieulouard (Meurthe-et-Moselle).

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