Felix KROULEVETZKI

1916-1944 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Félix KROULEVETZKI (1916-1944)

Photographie de Félix Kroulevetzki, présente sur sa tombe. Prise par Jules Jaffrezic

I. LE DÉBUT DE VIE DE FÉLIX KROULEVETZKI

1. Son enfance et sa famille

Félix Kroulevetzki est né le 12 septembre 1916 dans le XIIIe arrondissement de Paris, à 5h du matin, au 13 boulevard Auguste Blanqui, qui est alors le domicile de ses parents.
Il est le fils d’Anna Silberberg, née le 15 mai 1884 à Varsovie, en Pologne, et de Michel Simon Kroulevetzki, né le 2 février 1883 à Nowogrodek, en Biélorussie, mariés le 19 septembre 1905 à Paris. Au moment de sa naissance, son père est brocanteur chiffonnier, sans boutique. Il vend des vieux meubles.

Il avait un frère, Léon, né le 2 juillet 1906, ainsi qu’une sœur Léontine née le 11 mars 1913. Il a également eu deux autres frères, Maurice et Marcel, morts respectivement 1909 et 1910, en bas âge.

Acte de naissance de Félix Kroulevetzki
Source: Archives de Paris, 13N231

2. Sa scolarité et ses études

Félix Kroulevetzki était scolarisé à l’école de garçons au 134 avenue de Tolbiac, puis au 103 avenue de Choisy, dans le XIIIe arrondissement de Paris. 

Informations relatives à la scolarité de Félix Kroulevetzki.
Source: Archives de Paris 3254W1

A ce moment-là, il habitait depuis sa naissance au 13 boulevard Auguste Blanqui, puis a déménagé en 1919 au 73 avenue du Kremlin Bicêtre.

Après la fin de la guerre, la situation professionnelle de ses parents s’améliore et la famille s’installe en proche banlieue parisienne, où son père acquiert un immeuble, où réside la famille, et développe une entreprise de tri de chiffons qui emploie de nombreux ouvriers.

En 1927, la famille déménagea au 26 rue Raspail à Ivry sur Seine, puis en 1930 revient au Kremlin Bicêtre tout près de leur ancienne adresse, 74 avenue de Fontainebleau. Là, son père devient propriétaire de soixante boutiques, appelés le « village de commerce ».

À la fin de sa scolarité, Félix aidait son père dans les magasins.

Alors que son père dépose plusieurs demandes de naturalisation, pour que ses enfants soient français, dit-il en 1921, Félix, son frère Léon et sa sœur Léontine sont déclarés français devant le juge de paix en juillet 1925. Félix en profite pour faire son service militaire. Ce que fait Félix en 1937. Il est affecté au 404 DCA à Chartres. La 404 DCA était un régiment d’artillerie antiaérienne[1].

Il est incorporé le 20 octobre 1937 et nommé brigadier le 1er mai 1938 puis maréchal des logis. Le 10 mars 1939, il est admis à suivre les cours d’élèves aspirants au centre d’instruction des forces terrestres antiaériennes de Vincennes, où il reçoit une note de 16.5.

Dès le début de la guerre, il fait partie d’une unité combattante stationnée près du front, à Dommartin-les-Toul, en Meurthe et Moselle. Il y reste jusqu’en avril 1940, date à laquelle il est envoyé dans une batterie de volontaires DCA pour suivre les cours pratiques et les écoles à feu à Biscarrosse. Il intègre un régiment à Aire sur l’Adour, ville où il est démobilisé le 28 août 1940, après l’armistice du mois de juin.

Carte avec, en rouge, la ville de Dommartin-lès-Toul. Source: carte France.

II. Pendant l’Occupation

1. Arrestation

Après sa démobilisation, Félix rentre chez lui. Sa famille vit alors 129 boulevard Masséna, car leurs magasins et l’immeuble dans lequel ils vivaient, 74 avenue de Fontainebleau, en vertu de la spoliation des biens juifs, appelée « aryanisation », sont confisqués et confiés à un administrateur non-juif. En effet, depuis 1940, Paris est occupée par les Allemands. Ils appliquent, avec le concours du gouvernement collaborationniste de Vichy incarné par Philippe Pétain, leurs lois antisémites et exercent des violences à l’encontre des Juifs. Parmi ces lois, le décret du 16 janvier 1941 qui avait pour objectif d’exclure de la vie économique les Juifs, et de ce fait leur interdire de posséder un commerce.

C’est ainsi que le 10 mars 1942, l’immeuble du 74 avenue Fontainebleau au Kremlin-Bicêtre ainsi que toutes les enseignes du « Village du commerce » dirigées par des Juifs furent saisies et administrés par monsieur Dez. Le « Village du Commerce » était cet ensemble d’une soixantaine de boutiques fondé par Michel-Simon, le père de Félix, au début des années 1930.

Les lois de Vichy imposaient aux Juifs de se déclarer officiellement au commissariat de leur arrondissement ou ville. Félix, comme ses parents, se soumet à cette obligation, qui permet de constituer un « fichier juif », qui sera bien utile pour mener les grandes rafles à Paris et en province.

La fiche de déclaration de Félix mentionne qu’il est « marchand de chiffons ». Tout juste démobilisé et rentré en zone occupée, il réside à la même adresse que ses parents.

Déclaration en préfecture de Félix Kroulevetzki, 1940.
KROULEVETZKI Félix, Fichier préfecture adultes. ©Mémorial de la Shoah/ Archives nationales de France, FRAN107_F_9_5650_056643_L

Le 9 (ou 8, les dates diffèrent selon les documents) juillet 1944, Félix est arrêté au 21 rue Franklin par la Gestapo, parce qu’il est juif. Parallèlement, ses parents sont également arrêtés à leur domicile du 129 boulevard Masséna. Ils furent ensuite emmenés au 11 rue des Saussaies L’immeuble était devenu en 1940 le siège de la police de sûreté allemande (Sipo-SD) qui comprenait dans ses services la section IV, la Gestapo.

Carte de l’implantation des « autorités allemandes » dans Paris.
©Archives de Paris

Informations relatives à l’internement et l’arrestation de Félix Kroulevetzki.
©SHD de Caen, DAVCC-21-P-470-673

Félix était célibataire et n’avait pas d’enfants au moment de sa déportation

2. Internement et déportation

Fichier Drancy adultes, 1944. La carte indique le numéro de matricule de Felix, la mention « +fam », qu’il est interné avec sa famille, et sa date d’enregistrement au camp de Drancy, soit le 11 juillet. La lettre B signifie qu’il est « déportable » immédiatement.
©Mémorial de la Shoah/ Archives nationales de France, FRAN107_F_9_5708_175275_L

Félix et sa famille sont internés à Drancy. Le 11 juillet Félix reçoit le matricule de détenu 25.025.

D’après le cahier de mutation, à leur arrivée dans le camp, Félix et Michel-Simon ont été assignés à l’escalier 18, chambrée du 4e étage. Anna a été assignée à l’escalier 18, dans une chambrée de femmes du 2e étage.

À partir d’août 1941, le camp de Drancy a servi à la déportation des Juifs de France et ce jusqu’à l’été 1944. Placé sous l’autorité de la préfecture de police, le camp de Drancy est administré et gardé uniquement par des policiers et des gendarmes français. d’août 1941 jusqu’en juillet 1943. La police française occupe le camp sous le contrôle général de la police de sécurité allemande et du SD. Le camp de Drancy fut d’abord dirigé par le SS Theodor Dannecker jusqu’en juillet 1942. À partir du 27 mars 1942, des convois partent de Drancy pour Auschwitz. Le camp ‘internement devient un camp de transit. Le SS Heinz Röthke le dirige jusqu’en juin 1943. Puis Aloïs Brunner, également SS, en demande la direction, qu’il obtient à partir de 1943. Sur 75 721 juifs déportés depuis la France, 63 000 d’entre eux ont été déportés de Drancy, dont seuls 2000 personnes reviendront des centres de mise à mort et camps de travail forcé. Drancy était surnommée « l’antichambre de la mort ».

Cahier d’arrivées et de mutations du camp de Drancy
©Mémorial de la Shoah/ Archives nationales de France, FRAN107_F_9_5788_0016_L

Plan du camp de Drancy.
Source: Le regard d’Adolfo KAMINSKY | Mémoire vir(e)tuelle

 

Félix et ses parents sont déportés à Auschwitz par le convoi 77, qui part de la gare de Bobigny le 31 juillet 1944, soit dix-sept jours avant la libération du camp. Il déporte 1306 personnes, dont 324 enfants et nourrissons, entassés dans des wagons à bestiaux.

Nous savons d’après le témoignage de la rescapée Hélène Ramet qu’au départ de Drancy les déportés recevaient de la nourriture et étaient autorisés à emporter leurs affaires. Ensuite, ils étaient enfermés par groupes de soixante hommes, femmes et enfants dans des wagons à bestiaux. Les jours et nuits passés dans ces wagons furent terribles en raison du manque d’eau, de place notamment pour s’allonger et du manque d’hygiène dans les wagons puisque un unique seau servait de toilettes.

Itinéraire du convoi de déportation n°77.
Source : site du convoi 77

Le convoi arriva dans la nuit du 2 au 3 août 1944, vers trois heures du matin. Il s’arrêta à l’intérieur de Birkenau. En effet, depuis le mois de mai 1944, les déportés ne débarquaient plus sur la Judenrampe. Après leur arrivée à Auschwitz marquée par les cris des SS, les déportés sélectionnés pour le travail étaient envoyés dans des baraques où ils étaient déshabillés, rasés et douchés avant qu’on leur distribue des vêtements. Près des deux tiers des déportés du convoi 77 furent immédiatement assassinés.

Auschwitz-Birkenau fut créé par l’Allemagne nazie dans l’optique de mettre en œuvre sa politique de « Solution finale » visant à l’extermination massive des Juifs d’Europe. Édifié en Pologne sous l’occupation allemande nazie, initialement comme camp de concentration pour des Polonais et ensuite pour des prisonniers de guerre soviétiques, le camp devint vite une prison pour des ressortissants de nombreuses autres nationalités. Entre les années 1942 et 1944, il devint le principal centre de mise à mort où des Juifs étaient torturés et exécutés à cause de leurs origines prétendument raciales. Outre l’extermination massive de plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants juifs, et de dizaines de milliers de victimes polonaises, Auschwitz servit de centre de mise à mort de milliers de Roms et de Sinti et d’autres prisonniers de différentes nationalités européennes.

L’absence d’hygiène constitua également une véritable forme de violence subie, de longues rangées de caisses en bois, trouées, servaient de siège à l’intérieur du bloc WC. De plus, il n’y avait pas de papier, les déportés découpaient parfois un carré de quatre centimètres de leur chemise pour le remplacer A replacer dans le contexte, en évoquant également les maladies, les poux, la faim, etc.

Lors de la première semaine, ces déportés échangèrent avec les autres déportés pour connaître la vie au camp ou encore ce qu’il se passait lors des sélections. Les sélections étaient un processus subi par les déportés à Auschwitz pour vérifier s’ils étaient encore aptes au travail ou ne cachaient pas une maladie. Ils étaient examinés et tout détail suspect, rougeurs, boutons, pâleur et maigreur, pouvait les envoyer dans les chambres à gaz pour être exécutés.

A son arrivée à Auschwitz, Félix passe la sélection du camp  et se retrouve donc dans le groupe choisi pour travailler.

Après cinq mois au camp d’Auschwitz, Félix Kroulevetzki est transféré dans un camp puis le 9 janvier 1945, à l’infirmerie de Vaihingen, un mouroir.

Les archives de Vaihingen évoquent ces transferts : « Des trains de marchandises remplis de déportés malades ou affaiblis arrivaient régulièrement à la gare de Vaihingen. Les survivants étaient dirigés vers les baraques, les plus faibles mouraient dès la descente du train. »

Durant le trajet de Auschwitz à Vaihingen, les déportés étaient entassés dans des wagons à bestiaux, sans eau, ni nourriture, pendant plusieurs jours. Beaucoup mouraient avant d’arriver à destination, de faim, de froid ou d’épuisement. Les survivants, souvent malades du typhus ou atteints de dysenterie, étaient considérés comme impropres au travail et destinés à mourir dans le camp-hôpital de Vaihingen.

Le camp de concentration de Vaihingen-sur-l’Enz, dans le Bade-Wurtemberg, était un camp de travail destiné à la fabrication d’armements par l’organisation Todt. La situation géographique de la carrière qui était isolée et séparée de la vallée de la Enz permettait d’y construire un des six grands bunkers prévus par l’état-major des chasseurs aériens. À la fin de la guerre, il devient un camp de concentration pour prisonniers malades ou mourants. Le camp est un camp annexe à celui du KL de Natzweiler.

A cette époque, une autre baraque fut construite. A partir du 15 octobre 1944, la plupart des prisonniers du camp de travail furent transférés à d’autres chantiers, ceux de Hessental, Dautmergen, Bisingen et Unterriexingen. Il restait à Vaihingen encore 178 prisonniers inaptes au travail, 200 autres travaillaient au déblayement de la carrière. Le 10 novembre arriva le premier train de malades venant des camps du groupe « désert » . Parmi eux se trouvaient des Russes, des Polonais, des Français, des Italiens, des Grecs, des Belges, des Hollandais, des Norvégiens, des Allemands, en tous des prisonniers de vingt nationalités différentes. Ils étaient complètement abandonnés à leur sort, sans nourriture suffisante et sans chauffage dans les baraques. Le médecin allemand du camp se désintéressait totalement de leur état. Même après l’arrivée de deux médecins supplémentaires de Neckarelz en janvier 1945, la situation ne s’améliorait pas. Les médecins manquaient cruellement d’équipement et de médicaments. Un transport de prisonniers venant de Haslach le 16 février déclencha une épidémie de fièvre typhoïde qui faisait jusqu’à 33 morts par jour et transformait Vaihingen en un camp de la mort. Le dernier train avec 94 prisonniers de Mannheim-Sandhofen arriva à Vaihingen le 11 mars.

Félix Kroulevetzki y est immatriculé 99.687. Nous n’avons également pas trouvé de date d’arrivée précise au camp. Au bout d’un peu plus de deux mois passés à l’infirmerie de Vaihingen, Félix meurt d’une pneumonie le 22 mars 1945, quinze jours avant libération du camp et un mois et demi avant la fin de la guerre. Son corps est exhumé et rapatrié.

Vue d’ensemble de l’entrée du camp de Vaihingen libéré le 7 avril 1945.
Source: imagedéfense.gouv (référence TERRE 10300-L19)

Acte de disparition de Félix Kroulevetzki.
Source: KROULEVETZKI Félix, ©SHD de Caen, DAVCC-P-470-673

Ses frère et sœur, Léon et Léontine, n’ont pas été déportés.

D’après des documents, Léon aurait repris les commerces de son père après la Libération.

Léontine, quant à elle, a été mariée de 1936 à 1940 mais se retrouve veuve après la mort de son mari au front en Belgique. Elle aurait eu deux enfants selon le site Geneanet. Léontine et Léon ont fait une demande du statut de déporté politique pour Félix et leurs parents. Le statut de déporté politique permettait aux survivants ou à leur famille d’obtenir un pécule de 1.200 (anciens) francs par déporté, somme minime qui devait être partagée entre les enfants survivants.

Attribution de la mention « déporté politique » à Félix Kroulevetzki, à la demande de la famille. ©SHD de Caen, DAVCC-21-P-470-673

L’arrêté du 13 mars 1995 autorise l’apposition de la mention « mort en déportation » sur les actes de décès de Félix, ainsi que sur ceux de ses parents.

La famille Kroulevetzki repose au cimetière parisien de Bagneux, dans un carré juif. La tombe des Kroulevetzki se trouve dans la division 31, ligne 5 numéro 38.

Les portraits en pierre de Michel-Simon et de Anna sont taillés sur le caveau. Les photos de Léontine, Léon et Félix y sont présents.

Photographies de la tombe de la famille Kroulevetzki ©Jules Jaffrezic.

 

Biographie réalisée en 2025-2026 par Anaïs Rodrigues-Vinel, Yassine El Azibi et Jules Jaffrezic, avec l’aide d’Amélie Burguet.

 

Nous tenions particulièrement à remercier :

  • L’association convoi 77, pour l’envoi des archives qui nous ont permis de réaliser cette biographie ;
  • le Mémorial de la Shoah (Paris) pour nous avoir fourni des archives supplémentaires ;
  • les archives de Paris, pour la mise à disposition de leurs archives en ligne ;
  • le centre des archives du personnel militaire (Pau), pour ses réponses et pour nous avoir guidés dans nos recherches ;
  • le Mémorial de Vaihingen, pour notre échange par mail et pour avoir donné des réponses à nos questions.

 

Nous adressons nos remerciements les plus chaleureux à madame Yvette Lévy, survivante du Convoi 77, dont le témoignage précieux nous a permis de compléter la biographie de Félix Kroulevetzki en nous racontant ce que fut Auschwitz.

 

[1] Elle fût créée en 1923 à Dijon. C’était une branche de l’armée de terre, un régiment de défense contre les aéronefs. Dissoute en 1929, elle est recréée en 1934 à Tours. Elle est définitivement dissoute en 1964.

Contributeur(s)

Biographie réalisée en 2025-2026 par Anaïs Rodrigues-Vinel, Yassine El Azibi et Jules Jaffrezic, avec l’aide d’Amélie Burguet.

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