Norbert TUGENDHAT

1896-1944 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Norbert TUGENDHAT (1896-1944)

Introduction

Enquêter pour transmettre, des élèves du lycée du Gué à Tresmes sur les traces des déportés du convoi 77 Norbert Tughendat et Enoch Grynfas

Dans le cadre d’un projet pédagogique mené au lycée du Gué à Tresmes à Congis-sur-Thérouanne, des élèves ont participé au programme proposé par l’association Convoi 77. Ce dispositif invite les élèves à mener une enquête historique afin de reconstituer le parcours de personnes déportées par le convoi n°77, parti de Drancy le 31 juillet 1944 vers le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau.

Le projet a été mené au sein d’un établissement qui regroupe à la fois un lycée technologique (arts et design, hôtellerie-restauration) et un lycée professionnel (métiers des arts, hôtellerie-restauration et métiers du bâtiment). Les recherches ont été réalisées par un groupe d’élèves issus de ces différentes filières, réunis autour d’un travail commun de recherche historique et de mémoire.

Ce travail s’inscrit également dans un projet européen mené dans le cadre du programme Erasmus+ en partenariat avec le lycée professionnel SBBZ de Weimar (Allemagne). Les élèves français et allemands ont travaillé à partir des archives mises à disposition par l’association Convoi 77 et par le Mémorial de la Shoah.

Les recherches ont été enrichies par la visite de plusieurs lieux de mémoire, notamment le site de Drancy et le Mémorial de la Shoah à Paris. Le projet s’est conclu par une cérémonie organisée à la stèle des déportés de Meaux, au cours de laquelle les biographies rédigées par les élèves ont été lues en français et en allemand.

À travers ce travail d’enquête historique, les élèves ont découvert que derrière les chiffres de l’histoire se trouvent des parcours de vie singuliers, des familles et des destins bouleversés par la persécution et la déportation.

Travail de recherche des élèves du lycée du Gué à Tresmes de Congis sur Thérouanne et du lycée allemand SBBZ de Weimar autour des archives et des documents historiques dans le cadre du projet pédagogique mené avec l’association Convoi 77.

Les élèves et enseignants du lycée du Gué à Tresmes de Congis sur Thérouanne et du lycée SBBZ de Weimar lors de la cérémonie organisée à la stèle des déportés de Meaux, au cours de laquelle les biographies ont été lues en français et en allemand.

 

Origines et famille

Otto Norbert Julius Tugendhat est né le 10 novembre 1896 à Großeislingen, une ville allemande du Bade-Wurtemberg, dans le district de Göppingen, dans la vallée de la Fils.

Une famille intégrée et un père chimiste et respecté directeur d’entreprise

Ses parents sont Bruno (Bronislaw) Arthur Tugendhat (1870 – 1957), juif originaire de Galicie (Mościska[1]) et Friedericke, dit Fritzl, Geiringer, née en 1872 à Napagendl, près d’Uherské Hradišt (en allemand : Ungarisch Hradisch), en Moravie. Ils se sont mariés le 3 novembre 1895 à Großeislingen, ou à Vienne, les sources divergent.

Bruno est fils d’un médecin de district de l’Empire austro-hongrois[2], Josef Tugendhat. La famille s’installe à Vienne. Bruno y fait des études de chimie. Il s’installe d’abord en Rhénanie, puis dans le Wurtemberg, à Großeislingen.

Alors qu’ils sont de confession juive, les Tugendhat se convertissent au catholicisme dès 1892, condition sine qua non pour occuper des postes à responsabilité dans une région où le catholicisme est resté important après la Réforme. Et Bruno réussit en affaires. En 1895, il prend la direction technique de la papeterie Fischer à Großeislingen. En juillet 1899, à 29 ans, il devient directeur de la Papierfabrik Unterkochen GmbH nouvellement créée à Unterkochen, qui succède à la Maschinenpapier-und Holzstoff-Fabriken Unterkochen, qui venait de faire faillite. « Sous sa direction, l’entreprise a commencé une période de succès avec de nouvelles installations et des produits innovants », explique Winfried Vogt[3], qui a décrit la vie de la famille Tugendhat dans un livre et rencontré une fille de Bruno Tugendhat à plusieurs reprises. Il a mené l’entreprise à son apogée et il « fait preuve d’une grande sensibilité sociale et soutient les initiatives culturelles de toutes sortes », indique Volker Mall[4].

Otto Norbert grandit donc dans un milieu familial très aisé, avec une reconnaissance sociale locale.

Élève brillant

Otto Norbert a 3 ans quand ses parents s’installent à Unterkochen un quartier d’Eislingen, toujours dans le Bade-Wurtemberg. Il fréquente le Reformrealgymnasium (lycée où les sciences modernes, les mathématiques et les langues vivantes sont privilégiées, au détriment de l’anciennement classique traditionnel) de 1904 à 1914.

Le 18 février 1910, la mère d’Otto Norbert meurt, à Vienne.

Norbert poursuit ses études au lycée catholique Reform Realgymnasium d’Aalen, aujourd’hui lycée Schubart. En juillet 1914, il fait partie de la première promotion de bacheliers. Ses camarades de classe l’apprécient pour ses talents d’organisateur. Un camarade de classe le décrivit plus tard dans ses mémoires comme un élève « plein de bonté et d’intelligence », un « expert en technologie du papier » et un « organisateur né ». Selon le p.v. de son Abitur (baccalauréat) du 15 juillet 1914, Norbert semble vouloir marcher sur les brisées de son père et travailler dans la fabrique de papier[5].

Première Guerre mondiale, mariage et exil en France

Après avoir servi pendant la Première Guerre mondiale[6], au cours de laquelle il est gravement blessé à la tête (il en gardera des séquelles toute sa vie), Otto Norbert change de projet professionnel. Il s’installe à Berlin. Norbert a-t-il décidé de se lancer dans le journalisme ? Des recherches sont à mener en Allemagne pour avoir des précisions, mais, comme nous le verrons plus tard, il déclarera en France être « publiciste ».

Le père de Norbert se remarie fin 1919 avec Martha Frieda Rieger, issue d’une famille d’industriels d’Unterkochen (Bade-Wurtemberg), qui possède les usines Rieger & Dietz. De cette union sont nées les demi-sœurs de Norbert : Lieselotte (née en 1920, et handicapée) et les jumelles Annemarie et Annaliese (nées en 1922). Ce mariage mixte le protégea dans un premier temps après 1933. En 1924, Bruno est nommé citoyen d’honneur d’Unterkochen.

À cette date, Norbert ne vit plus avec sa famille. En 1923, on le retrouve à Hambourg, où il épouse le 19 mai, Anna, née LEUW le 3 décembre 1899, à Vienne (Autriche-Hongrie, alors). Elle est employée de banque et est arrivée dans le port du Nord de l’Allemagne, le 2 mai, soit tout juste quinze jours avant son mariage[7].

Le nazisme et l’antisémitisme d’État

La montée du nazisme et l’arrivée au pouvoir d’Hitler touche durement la famille Tugendhat, qui avait cru aux vertus de l’assimilation et de la mixité. « Nous tenions une maison extrêmement accueillante et recevions de nombreuses visites. (…) Avec l’arrivée au pouvoir d’Hitler (…), tout a changé. Jusque-là, nous, les enfants, n’avions aucune idée que notre père, baptisé chrétien, était d’origine juive. À partir de ce moment-là, nos anciens amis et connaissances nous ont traités comme des parias. À l’école aussi (nous fréquentions le lycée d’Aalen), nos camarades de classe ne voulaient plus avoir affaire à nous. Seules les filles du pasteur protestant de Wasseralfingen, les Grüninger, ainsi qu’un frère et une sœur d’Aalen, nous sont restés fidèles », a raconté ensuite une des demi-sœurs de Norbert, Annemarie Tugendhat[8]. Elle a révélé également que ses oncles et tantes maternels étaient des « nazis convaincus ». Ils ont tenté de pousser Martha Frieda Rieger à divorcer lors d’un conseil de famille. Courageusement, elle leur tint tête (et conserva ainsi à son mari un statut de « conjoint d’aryenne », qui protégeait des déportations), mais en resta dépressive toute sa vie. Ils déménagèrent à Stuttgart. Après la Nuit de Cristal, le 10 novembre 1938, Bruno Tugendhat est arrêté par la Gestapo et envoyé en camp de détention préventive/camp de concentration de Welzheim. Au bout de dix jours, Bruno, sur intervention d’amis « à l’étranger », rentre chez lui.

Anna et Norbert sont eux aussi en danger. Anna est juive, et Norbert, malgré la conversion de ses parents avant même sa naissance, l’est tout autant en raison du régime nazi, qui s’appuie sur une définition « raciale » de la judéité.

A-t-il des activités politiques ? Norbert serait sous surveillance de la Gestapo (Geheime Staatspo-lizei) de Coblence.

En janvier 1939, le couple décide de fuir à Paris. Nous ne savons ni s’ils avaient des contacts sur place, ni comment ils ont vécu, au milieu des milliers d’exilés antinazis, juifs ou les deux, qui affluaient d’Allemagne, d’ex-Autriche et des pays d’Europe centrale et de l’Est.

1940 : première arrestation

Au début de la guerre, en France, il ne fait pas bon être allemand, même si l’on est juif ou opposant politique au nazisme.

Nous ignorons si Norbert et Anna ont été internés dans un camp pour étrangers, comme le furent de nombreux Allemands, ex-Autrichiens et Italiens. En revanche, une fois la guerre perdue par la France et l’Angleterre, et l’armistice signé le 22 juin 1940 par Philippe Pétain qui initie une période de collaboration active avec l’occupant nazi, être allemand et juif vous désigne comme cible pour les « Autorités allemandes ». En particulier, en 1940, en zone occupée par l’armée d’Hitler. Et c’est en 1940, peu de temps après l’invasion allemande à Paris, que les Tugendhat sont arrêtés pour la première fois.

Fiche FN 62 279
©SHD / DAVCC dossier Norbert Tugendhat

Fichier FN © SHD / DAVCC

En effet, selon une fiche de police (ci-jointe), Otto Norbert est arrêté par la police française et est interné le 1er novembre 1940 à la prison de la Santé, à Paris. De même qu’Anna. Nous ignorons pour quelle raison et s’il a fait l’objet d’un jugement. C’est peu probable, car il est remis dès le 11 décembre aux autorités allemandes. En quelle qualité ? Juif ? Opposant allemand ? Peut-être le couple ne s’est-il pas déclaré comme « Juifs », alors que l’ordonnance allemande du 27 septembre impose en zone occupée un premier recensement obligatoire des personnes de confession ou d’origine juive auprès des commissariats. Par ailleurs, le « premier statut des Juifs » (loi du 3 octobre 1940 du gouvernement de Vichy), interdit aux Juifs de nombreuses professions, dont celles de la presse et l’information.

Or, on note dans le document que Norbert, qui a abandonné le prénom Otto, dit exercer la profession de publiciste, soit journaliste et auteur. Une demande de renseignements de la Croix-Rouge, envoyée en janvier 1966 au centre de documentation du SIR à Bad Arolsen, donne une indication sur le camouflage utilisé par Norbert durant l’Occupation, et même en camp d’extermination. En effet, selon le demandeur à l’origine de cette recherche, l’abbé Franciszek Grucza, résidant en Pologne à Sopot, ancien déporté au camp de Stutthof, Norbert était « ressortissant hollandais journaliste dans la presse catholique hollandaise ».

Après cette remise par la police française de Norbert aux « AA » (autorités allemandes), nous ignorons ce qu’il lui arrive. Mais, étonnamment, il recouvre la liberté. Anna est libérée le 7 décembre de la prison de la Santé.

Entre 1940 et septembre 1943, le couple a vécu caché, chez des amis. On trouve l’adresse 3 rue de l’École de Mars Paris-Neuilly sur des fiches de recherches adressées à Bruno Tegendhart en 1946 à Stuttgart. La profession de Norbert est indiquée : « commerçant ; de religion catholique ».
Norbert est parrain le 27 décembre 1942 de Jean Jagué, lors du baptême à l’église de la Madeleine.

La marraine de l’enfant est Germaine Jeanton Beaujean, qui semble les avoir cachés à Neuilly. Elle raconte qu’il a été arrêté à Paris et a dit que c’était avec elle, et les Allemands l’ont suivie. Il aurait été transporté au Conseil de guerre de l’avenue Foch (i.e le siège de la Gestapo). Des « amis » ont réussi à éviter qu’il soit « abattu » et l’ont fait envoyer à Drancy. Ils voulaient le faire « échapper », mais « ces amis ont été arrêtés »

À une date inconnue, il semble que le couple ait réussi à passer la ligne de démarcation pour aller en « zone libre » ou « sud » (après le 11 novembre 1942), à Monaco. Anna y est repérée quotidiennement au Casino.

Monaco, havre de paix

L’administration italienne en France et les Juifs
Depuis l’armistice signé entre la France et l’Italie le 24 juin 1940, les Italiens, alliés d’Hitler depuis la proclamation de l’Axe Rome-Berlin le 1er novembre 1936, ont le contrôle d’une partie de la zone frontalière avec l’Italie. À partir du 11 novembre 1942, en même temps que l’invasion par les Allemands de la zone libre, la zone italienne en France s’étend jusqu’à la rive gauche du Rhône (avec des exceptions notables, comme Lyon, Aix, Marseille, etc.). Nice y est incluse. La IVe armée italienne administre la zone (la plupart de la ville de Menton, Nice, Grenoble, et des parties des Alpes). Or, si le gouvernement fasciste italien fait la chasse aux socialistes et communistes, et pratique un racisme ouvert depuis la guerre d’Éthiopie (1935-1936), il n’applique que très mollement en France la loi antisémite qu’il a prise en septembre 1938 (et qui déclarent, notamment, que les Juifs italiens n’appartiennent plus « au peuple italien »). Les autorités d’occupation italiennes vont jusqu’à bloquer les rafles et refusent le recensement des Juifs. Comme dans toute l’ex-zone libre, le port de l’étoile jaune (qui a été imposée en zone occupée en mai 1942) n’y est pas imposé. Selon Zanvel Diamant, les Italiens avec des presses illégales imprimaient de faux documents au rythme de 20.000 par mois, et ni les Français ni les Italiens n’ont fourni la liste des résidents juifs. Toutefois, sous occupation italienne, il y eut quelques arrestations qui ont conduit à des déportations.

Dans la partition des zones d’occupation, Monaco est d’abord juste à la limite de la zone italienne, en zone française. Le prince Louis II a fait passer les mêmes lois que le gouvernement de l’État français sur les Juifs. Les Allemands, et leur argent, y sont très bien accueillis. Mais après le 11 novembre 1942, les Italiens occupent Monaco.
C’est là que les Tugendhat trouvent refuge. Si Anna réside à Roquebrune-Cap Martin (ville côtière mitoyenne), elle loge parfois à l’hôtel de Paris. Elle s’inscrivait sous le nom d’Adèle Montandon, de nationalité française. Elle logeait également au Palais de la Plage, toujours à Monte-Carlo.
Norbert est repéré par intermittence dans le registre de ce même hôtel de Monaco. Il s’y inscrit, sous son vrai nom, comme « interprète » et « réfugié autrichien », bien qu’il soit né en Allemagne.

Norbert Tugendhat, registre de Fin juillet, le cou 1943
© Archives de la Société des Bains de Mer de Monaco.

Il est arrivé à l’Hôtel de Paris le 13 septembre 1943, est reparti le 14 septembre. Il revient la nuit du 16 au 17 septembre 1943, puis du 1er au 7 octobre 1943, du 9 au 10 octobre 1943, et son dernier séjour est du 13 au 15 octobre 1943, indiquent les archives de la Société des Bains de Mer de Monaco. Norbert donne une adresse à Paris, dans le XIVe arrondissement, qui est également celle qui figure sur les documents de Drancy, 11 rue d’Odessa. Il est peu probable qu’il ait fait beaucoup d’allers et retours entre Monaco et Paris entre ces dates, mais pour le moins, il se déplaçait pas mal, certainement dans la région.

Nice et Monaco étaient des villes par lesquelles les Juifs pourchassés qui en avaient (encore) les moyens et les personnes menacées par le nazisme essayaient de fuir à l’étranger, par bateau et surtout par la frontière suisse. Norbert faisait-il partie d’un réseau de résistance qui organisait ces exfiltrations ? Ou bien monnayait-il chèrement son aide ? Le fait est que, lors de son arrestation à Paris, en janvier 1944, il a sur lui de grosses sommes d’argent et des bijoux. Mais il était l’aîné d’une famille riche, et avait peut-être réussi à emporter quelques biens dans sa fuite.

Le 9 septembre 1943, à la suite de l’armistice de Cassibile signé par l’Italie avec les Alliés (après les débarquements en Italie continentale des 3 et 9 septembre), l’occupation italienne en France prend fin. Quand Norbert et Anna sont à l’hôtel de Paris à Monaco, donc, les Allemands commencent à prendre le contrôle de la zone, même si la gestapo avait déjà fait quelques incursions musclées avant le départ des Italiens, jugés « trop mous ».

Conscients du danger, quelques Juifs partent avec les Italiens. Mais la plus grande majorité reste, c’est-à-dire les Juifs qui habitaient dans la région avant la guerre (comme la famille Jacob, les parents de Simone Veil), les Juifs apatrides ou étrangers qui n’ont pas été raflés pendant la grande rafle des Alpes-Maritimes, des Basses-Alpes et de Monaco du 26 août 1942, ou ceux qui s’y étaient réfugiés, soit lors de l’exode en 1940, soit en passant clandestinement la ligne de démarcation.

En juin 1943, Adolf Eichmann, le chef du département des affaires juives du Service principal de la Sûreté du Reich (RSHA), a dépêché en France son meilleur atout pour accélérer la « Solution finale », le SS Aloïs Brunner. Ce nazi et antisémite virulent s’est illustré en éradiquant la communauté juive de Vienne en Autriche (1940-1942), puis en exterminant en six semaines la communauté juive pluri centenaire de Salonique, en Grèce. Le 2 juillet, Aloïs Brunner prend la direction effective du camp de transit de Drancy avec un commando de vingt-cinq SS, dont six étaient des sbires entièrement dévoués à leur chef. Il agit en totale liberté, en contact direct avec Eichmann en Allemagne.

Est-ce lui ou Eichmann qui décide qu’il doit se rendre à Nice pour remettre de l’ordre et instituer une véritable politique de traque antijuive ? Le fait est qu’après avoir rapidement réorganisé le camp de Drancy, notamment en créant un service d’ordre juif et en occupant les détenus à diverses tâches manuelles, de bureau ou médicales, et essayé d’assurer les rafles antisémites sans l’aide de la police parisienne, Aloïs Brunner a pris la route pour Nice. Il a emmené avec lui des membres de son commando, ainsi qu’un des médecins du camp, le Dr Drucker.

L’ambiance change radicalement : la chasse aux Juifs commence avec une très grande violence. Brunner recrute et forme des miliciens. Les témoignages sont accablants. « Les opérations étaient menées par Brunner, le bourreau de Drancy en personne… Les nazis barraient une rue, faisaient irruption dans les hôtels et ramassaient tous ceux qui d’après leurs pièces d’identité ou selon leur physionomie paraissaient être Juifs. » L’historien Léon Poliakov écrit, en 1968 : « Le fameux SS Brunner était venu en personne de Paris pour diriger les opérations… Les quelques discriminations d’âge et d’état de santé qui avaient subsisté encore étaient définitivement et radicalement laissées de côté ».

À la « visite médicale », hommes et garçons doivent baisser leur pantalon pour montrer s’ils sont ou non circoncis. Ceux qui le sont partent pour Drancy.
Un prime de 30.000 francs (soit 4626 €) pour dénonciation est instaurée.

1943 : seconde arrestation, mais une chronologie des faits difficile à établir

Quand Norbert est à Monaco en septembre et octobre, la traque vient juste de commencer, Aloïs Brunner a réquisitionné l’hôtel Excelsior le 14 septembre et en a fait une prison, un sas vers Drancy. L’hôtel, rue Durante, est situé près de la gare, et c’est pratique pour convoyer les détenus vers le camp de la région parisienne. Ce sera le cas d’Anna, arrêtée en possession d’une fausse carte d’identité au nom d’Adèle Montaudon (un nom bien trop français pour une Autrichienne !) « Les SS placés sous les ordres de Brunner sont des experts en la matière… Les SS envahissent les hôtels, mitraillette au poing, les fouillent en hurlant et arrêtent avec une brutalité sauvage tous ceux qu’ils soupçonnent d’être juifs  ». Peut-être Anna a-t-elle été arrêtée à son hôtel, mais nous ne savons pas les conditions exactes de son arrestation.

« À Monaco, la situation est différente de Nice. Les Juifs ont été à l’abri plus longtemps qu’en France, mais dans la nuit du 21 au 22 janvier 1944 les Allemands procèdent aux cinq premières (vague) d’arrestations. Les policiers monégasques accompagnent les Allemands. Les « étrangers » des hôtels Richmond, des Colonies et la pension Astoria sont arrêtés et on en ignore le nombre », écrit Pierre Abramovici. L’arrestation d’Anna a lieu le lendemain, le 25 janvier, par des membres de la police allemande alors qu’elle se trouvait au casino de Monaco.

Le 30 janvier 1944, elle arrive à Drancy et y reçoit le matricule 13.280, selon sa fiche de fouille, le cahier de mutations de Drancy et la fiche (cf. plus haut) établie après la fin de la guerre. Elle est contrainte de déposer à la fouille : « 1 bague or et perle, 2 médaillons or et pierres, 1 collier de perles avec fermoir, 1 fermoir de collier, 2 perles avec chaîne or cassée, 1 pendentif or et perle, 1 broche or. » Et « 1 carnet de chèques du Crédit Foncier de Monaco ». Son adresse est « Hôtel de Paris, Monte Carlo ».

Norbert, lui a été arrêté plus tôt. Pour deux motifs : être juif et fabrication de faux papiers. Il est interné à Drancy le 14 janvier 1944. Il reçoit le matricule 11.637. À la fouille, il dépose « 1 bracelet chrono or n° 503780 ». Et « 160.750 francs, 14 francs et 20 centimes en monnaie, 110 Reichmarks ».

Sur la fiche du 14 janvier, est inscrit à l’encre violette : « Restitué le 24/3 » sur deux inscriptions caviardées (et de ce fait, illisibles). Ce qui laisserait penser que Norbert a été libéré. A-t-il réussi à prouver qu’il était catholique ? Ou est-il tombé dans un guet-apens, libéré pour être suivi et arrêté avec son « magot », et éventuellement des complices ?

Or ces dates de janvier 1944 interrogent : en effet, Norbert et Anna figurent tous les deux sur une liste des internés à Drancy entre le 16 juillet 1943 et le 12 décembre 1943. Comment pourrait-il être libéré en mars ? Et comment peuvent-ils se retrouver en septembre à Monaco ?

En tout cas, en mai, la présence de Norbert au camp de transit de Drancy est établie grâce, notamment à une autre fiche de fouilles datée du 6 mai 1944 au nom de Norbert Tugendhat (même adresse, même matricule qu’en janvier). Cette fois, le carnet de fouille est le 116 et le numéro du reçu 2490. « 1 bague en or » est saisie. Et « 52 pièces de 20 dollars or, 122 pièces de 20 F or français, 1 pièce de 20 lires or italien, 10 pièces de 10 dollars or, 29 pièces de 1 livre or, 1 pièce de 20 F or en pendentif ». Son numéro de reçu est le 39 du carnet de fouille 61.

Une mention est ajoutée : « Argent et bijoux en provenance de la police de Nice ». Or, Norbert ne figure pas (Anna non plus) sur la liste des déportés de Monaco. Et il n’est pas non plus sur celle des déportés de Nice.

Un second reçu, établi également le 6 mai, indique « 1 montre bracelet chrono or avec bracelet or, 2 boutons de manchettes avec brillants et pierres bleues, deux boutons de chemise dito, une bague métal avec pierre, 1 paquet de déchets d’or, 1 diamant. »

Norbert, dans une note de service du 30 mai, est indiqué comme « faisant partie des personnes chargées de la menuiserie au-dessus de la centrale thermique ». Le document est signé par Emmanuel Langberg, commandant adjoint du camp de Drancy, lui-même juif interné.

La déportation

Fin juillet, le couple est sur la liste des déportés du prochain convoi. Celui-ci est fixé au 31 juillet. La veille du départ, un bon permettant de percevoir l’équivalent en zlotys, la monnaie polonaise, des sommes confisquées à la fouille est distribué pour conforter la fable d’un convoi qui mène dans un camp de travail, où l’on retrouvera éventuellement sa famille. Norbert et Anna sont-ils partis les poches remplies de zlotys ?

Toutefois, à la différence de la plupart des familles, le couple est séparé : Norbert est intégré à un wagon d’homme, dit « de célibataires ». Selon le livre de souvenirs écrit par Alex Mayer, « Mr Tugentag (sic) Viennois très aimable mais sans aucune autorité, fut désigné pour être notre chef pendant le voyage. En fait, ce sera Alex Herlich[26], polonais ayant longtemps vécu en France, qui s’occupera de tout. »

Le transport est atroce et quand le train arrive dans la nuit du 2 au 3 août dans le camp de Birkenau, les morts et les personnes devenues folles sont nombreux.

Une sélection a lieu sur la nouvelle rampe, et Anna est envoyée avec les enfants, les vieillards, les femmes avec enfant, les handicapés et malades vers les chambres à gaz. Elle est assassinée dès son arrivée à Auschwitz, le 3 août.

Norbert est sélectionné pour le travail. Il est tatoué du matricule B-3943 et on ignore à quels travaux il fut affecté à Auschwitz ou un camp satellite. Le 15 août 1944, il subit un examen radiologique.

Archives ITS

Selon le témoignage après-guerre d’Anni Sussmann, (qui doit l’avoir appris par son mari, également déporté) Norbert serait parti le 4 novembre vers le camp de concentration de Stutthof « en bonne santé ». Or les archives conservées à l’ITS indiquent que le 26 octobre 1944, il est transféré au camp de concentration de Stutthof près de Dantzig (Gdansk), où il arrive le 28 octobre[27]. Il y reçoit le matricule 100.353. Finalement, le 17 novembre, il arrive au camp de Hailfingen/Tailfingen (annexe du camp de concentration de Natzweiler-Struthof). (matricule 40 967).

Il y est contraint d’effectuer des travaux forcés dans des conditions atroces dans une carrière. « Les pierres extraites sur place et le gravier devaient servir à aménager la piste d’atterrissage de l’aérodrome de Hailfingen et à prolonger deux voies de circulation. De plus, il fallait abattre des arbres et déblayer les munitions non explosées. Au début, les détenus dormaient dans le hangar, à même le sol recouvert de paille », explique Volker Mall. La combinaison d’une alimentation insuffisante et de l’épuisement physique affaiblit considérablement les prisonniers.

Les détenus malades ou inaptes au travail étaient parfois battus à mort ou abattus. Norbert Tugendhat est fusillé le 2 décembre 1944, deux semaines seulement après son arrivée à Hailfingen. Il avait 48 ans.

La cause de son décès est désignée sur les registres du camp de manière fictive, comme le plus souvent, par le terme « insuffisance cardiaque ». « Le 2 décembre 1944 à 9 h, le détenu en détention préventive (Sch.häftling), R.D. (Allemand du Reich) Tugendhat Norbert, né le 10 novembre 1898, est décédé au camp. Cause du décès : insuffisance cardiaque. » Le médecin d’état-major et médecin de troupe Dr Rothe signe le document, conjointement avec le commandant Witzig, SS-Unterscharführer.

Le corps de Norbert Tugendhat est incinéré au crématoire le plus proche du camp, à Reutlingen, le 5 décembre 1944, comme ceux de 99 autres personnes assassinées dans le camp[28], dont, par exemple, Jacques Baril, Henri Saisier, Serge Fiskus, François (Franz) Grosz ou encore Maurice Grinberg[29].

L’APRÈS

Les recherches de la famille

Après la guerre, son père Bruno Tugendhat, vivant à Aalen, entreprend des efforts intensifs pour obtenir des éclaircissements sur le sort de son fils et de sa belle-fille. Il correspond pendant des années avec la Croix-Rouge et les services de recherche internationaux (ITS, notamment). Ce n’est qu’après ces longues recherches et des demandes ultérieures auprès d’anciens codétenus qu’il connaît la date exacte de sa déportation à Auschwitz. En revanche, il n’a pas pu connaître son parcours dans l’univers concentrationnaire et les circonstances de sa mort. L’historien Volker Mall précise, en effet, que ce n’est qu’au début de l’année 2014 que les recherches menées sur les 25 Juifs « allemands du Reich » du camp de concentration de Hailfingen/Tailfingen ont permis de faire la lumière sur ses origines et son calvaire.

Annemarie Tugendhat, relève Volker Mall, n’évoque jamais son demi-frère dans ses témoignages.

Mémoire de Norbert Tugendhat

Le nom de Norbert Tugendhat figure, depuis 2010, sur une plaque du cimetière de Reutlingen rendant hommage aux 99 victimes de la barbarie nazie du camp de Hailfingen-Tailfingen.

Un mémorial de l’artiste Rudolf Kurz, situé à l’extrémité ouest de la piste d’atterrissage, rappelle la souffrance des 601 détenus du camp annexe de Hailfingen-Tailfingen[30].

Une pierre commémorative[31] à Aalen rend également hommage à Norbert Tugendhat. Au départ, le travail de mémoire sur cette histoire s’est heurté à une certaine résistance à Aalen. Lorsque l’archiviste Karlheinz Bauer a publié en 1984 une étude sur les Juifs persécutés, il a subi une telle pression qu’il a finalement dû quitter la ville. Ce n’est que des décennies plus tard que le climat politique a changé.

Depuis 2017, un groupe de citoyens actifs s’engage en faveur de la mémoire. Grâce à leur travail, de nombreuses pierres commémoratives (Stolpersteine) de l’artiste Gunter Demnig ont été posées. Devant le lycée Schubart, la pierre commémore aujourd’hui l’ancien élève Norbert Tugendhat. À Unterkochen, la rue Tugendhat a également été inaugurée afin d’ancrer durablement l’héritage industriel et la force humaine de la famille dans le paysage urbain.

Dans le cadre de la campagne Stolperstein, l’histoire de la vie de Norbert Tugendhat a fait l’objet de recherches approfondies menées par le chercheur Peter Maile, qui s’intéresse depuis des décennies aux crimes nazis commis dans la région.

Stolperstein à Aalen, posé en en 2019

Le nom de Norbert figure également sur le Mur des Noms au Mémorial de la Shoah, à Paris. Ainsi, son destin en tant que victime du nazisme demeure présent dans la mémoire collective.

Le destin de la famille de Norbert

Victor Leopold Tugendhat, oncle de Norbert, né en 1875, a été déporté avec sa femme, Marta Exiner, au ghetto de Lodz le 18 octobre 1941 ; tous deux périrent en 1942 (lui dans le ghetto le 11 mars, elle dans le camp d’extermination de Kulmhof/Chelmno).

Bruno Tugendhat : emprisonné pendant une courte période dans le camp de concentration de Welzheim. Il est mort en 1957.

Les demi-sœurs de Norbert : elles furent victimes de harcèlement à partir de 1933 en tant que « demi-juives » et exclues de l’enseignement en 1935/36. Elles n’ont survécu au Troisième Reich que parce que leur mère « aryenne », Martha, refusa de divorcer malgré les pressions de Bruno (ce qu’on appelait un « mariage mixte privilégié »). La famille vécut d’abord à Stuttgart, puis fut cachée à Geiselwang pendant la dernière année de la guerre.

Annemarie, engagée dans l’enseignement catholique, a témoigné à plusieurs reprises sur ce qui était arrivé à sa famille et son statut de « métis ».

SOURCES

  • Archives ITS à Bad Arolsen, TD 2 651, Registre de Natzweiler, liste de transport Auschwitz-Stutthof n° 439 (Archives de Stutthof)
  • schwaebische-post.de
  • Liste des déportés du convoi 439 Auschwitz-Stutthof, immatriculé Auschwitz
  • Mémorial de la Shoah, cahiers de mutations, fiches de fouilles, documents internes au camp.
  • Zanvel Diamant, « Jewish Refugees on the French Riviera », YIVO Annual 8 (1953), p. 278,
  • Marie Felstiner, « Commandant de Drancy : Alois Brunner et les Juifs de France », La Revue du Monde juif, 1987. shs.cairn.info
  • Léon Poliakov, « Le Lieu du crime » in Le Monde Juif, n° 52, 1968, p. 25.
  • Volker Mall, « VonGalizien nach Württemberg –Wege und Schicksale der jüdischen Familie Tugendhat », file:///D:/divers/Downloads/SH-2014-3-lowTeil17%20(1).pdf et https://www.academia.edu/7014999/Volker_Mall_KZ_Au%C3%9Fenlager_Hailfingen_Tailfingen_Prisoners_from_France_2014
  • Manuscrit d’une conférence d’Anneliese Tugendhat donnée au sein de l’association Freunde schaffen Freunde, prononcée à plusieurs reprises, notamment le 23 janvier 2011, à Neresheim-Dorfmerkingen.

 

Biographie réalisée par les élèves de SBBZ Weimar et Lycée du Gué à Tresmes de Congis-sur-Thérouanne et Laurence Klejman, historienne.

 

Notes & références

[1] Sous domination autrichienne de 1772 à 1918 ; aujourd’hui, Mostyska en Ukraine, près de Lviv. À partir de 1867, la constitution austro-hongroise met fin aux discriminations contre les juifs et leur permet de choisir librement leur lieu d’habitation. En 1880, quand Bruno a 10 ans, la ville compte 2 073 Juifs (environ 50 % de la population totale).

[2] Volker Mall, « VonGalizien nach Württemberg –Wege und Schicksale der jüdischen Familie Tugendhat », file:///D:/divers/Downloads/SH-2014-3-lowTeil17%20(1).pdf

[3] Winfried H. Vogt, Der Mann aus Galizien. Broneslav Arthur Tugendhat 1870 . 1957. Eine Geschichte über die Unterkochener Papiermacher in ihrer Mühle am Weißen Kocher und ihren Generaldirektor Bruno Tugendhat, 2018, autoédition.

[4] Op. cit.

[5] www.aalen.de

[6] S’est-il engagé ?

[7] Voir la bio d’Anna sur ce site. Le professeur Martin Krist et sa classe, en 2022, ont fait des recherches sur sa vie en Autriche et en Allemagne.

[8] Citée dans Volker Mall, op. cit. Annemarie est morte le 25 juin 2013, à l’âge de 91 ans. Sa sœur jumelle Annelise la suivra rapidement.

[9] Archives de Bad Arolsen / ITS.

[11] Zanvel Diamant, « Jewish Refugees on the French Riviera », YIVO Annual 8 (1953), p. 278, cité par Marie Felstiner, « Commandant de Drancy : Alois Brunner et les Juifs de France », dans la Revue du Monde juif, 1987. shs.cairn.info

[12] Pierre Abramovici, Un rocher bien occupé : Monaco pendant la guerre de 1939-1945, Le Seuil, 2001. Ce journaliste et historien a écrit plusieurs ouvrages sur Monaco et la collaboration sous l’Occupation.

[13] Rapport de police de mars 1944.

[14] Merci à Charlotte Lubert, chargée du patrimoine à la Société des Bains de Mer et du Patrimoine Monte Carlo, citée dans la bio d’Anna Tugendhat sur ce site.

[15] Bruno Tugendhat, le père de Norbert, le recherche activement après-guerre et donne pour domicile une adresse en Angleterre.

[16] Pourtant 70 Juifs italiens sont arrêtés en novembre 1943, cf. niceoccupation.free.fr; AD 166 W 6. Et le 22 novembre 1943 : 5 wagons à bestiaux en provenance de Vintimille comportant 350 juifs italiens.

[17] UJRE « Cinq mois de persécutions anti-juives à Nice », février 1944, CDJC, brochure n° 10143, cité dans Marie Felstiner, « Commandant de Drancy : Alois Brunner et les Juifs de France », op.cit.

[18] Léon Poliakov, « Le Lieu du crime » in Le Monde Juif, n° 52, 1968, p. 25, cité dans Marie Felstiner, « Commandant de Drancy : Aloïs Brunner et les Juifs de France », op.cit.

[19] Philippe Erlanger, La France sans étoile : Souvenirs de l’avant-guerre et du temps de l’occupation, Plon, p. 289, cité dans Marie Felstiner, « Commandant de Drancy : Alois Brunner et les Juifs de France », op.cit.

[20] « Nice sous l’Occupation, 1942-1944 », op. cit., qui cite Pierre Abramovici (op. cit.)

[21] AD Alpes-Maritimes : Direction de la Sûreté publique (DSP) : 031179 ; dossier individuel d’Anna Tugendhat)/111000 (dossier collectif dans lequel le dossier individuel est classé).

[22] Les biens et sommes volés aux détenus étaient entreposés dans un endroit spécial du camp. « Le 31 juillet 1944, Maurice Kiffer, liquidateur des comptes du camp d’internement de Drancy, après en avoir été le gestionnaire depuis octobre 1941, adresse un rapport au préfet de police Amédée Bussière. Il estime à 24.208. 422 francs le montant global des « rentrées », c’est-à-dire des sommes qui ont été confisquées aux déportés internés à Drancy avant qu’ils ne soient transférés vers les camps de concentration, Auschwitz-Birkenau essentiellement. Maurice Kiffer écrit ensuite : « J’ai transféré la plus grande partie des sommes restant en notre caisse à la Caisse des dépôts et consignations, soit un total de 12 039 892,85 francs » (environ 11 millions de francs, valeur 1995) », in Philippe Dagen, « La Caisse des dépôts recherche les biens des juifs internés à Drancy », Le Monde, 4 février 1997. lemonde.fr. Les bijoux saisis à Drancy ont été vendus après la guerre par les Domaines. Des sommes ont été rendus aux survivants ou à leurs ayants-droits, mais en 1948, l’équivalent de 22,23 millions d’euros en valeur actualisée ont été considérés comme en déshérence et donnés au Trésor. Cela a dû être le cas de l’argent et des biens saisis aux Tugendhat.

[23] Cf. Mémorial de la Shoah, doc CCCLXXVI.

[24] « Nice sous l’Occupation, 1942-1944 » niceoccupation.free.fr et 2876 personnes arrêtés à Nice et / ou déportées du 11 septembre 1943 (et un peu avant) à fin décembre 1944 Toutefois, ces listes sont très lacunaires.

[25] Mémorial de la Shoah

[26] Alex Mayer, Auschwitz le 16 mars 1945, Ed Le manuscrit / Fondation de la Shoah, 2004. Alex Erlich est vice-champion du monde de ping-pong ; il sera survivant et reviendra vivre en France.

[27] Au moins 75 déportés du convoi 77 font partie de ce transport. 25 d´entre eux furent envoyés en novembre dans le camp annexe de Hailfingen/Tailfingen, 20 autres par même convoi dans le camp annexe d´Echterdingen Volker Mall, Mémorial du camp annexe de Hailfingen-Tailfingen, Herrenberg 2014. (Die Häftlinge des KZ-Außenlagers Hailfingen/Tailfingen),

[28] La direction du cimetière a refusé de détruire la liste des noms et le maire les a ensuite remises à l’armée française.

[29] Volker Mall, op . cit., et DAVCC (Caen) cote 26 P 1236 (liste des déportés incinéré à Reutlingen)

[30] Volker Mall, file:///D:/divers/Downloads/SH-2014-3-lowTeil17%20(1).pdf

[31] www.aalen.de

Contributeur(s)

Biographie réalisée par les élèves de SBBZ Weimar et Lycée du Gué à Tresmes de Congis-sur-Thérouanne et Laurence Klejman, historienne.

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