Simon DEMBICER

1936-1944 | Naissance: | Arrestation: | Résidence: , ,

Simon DEMBICER

 

Ci-contre : Photo de Cécile Dembicer avec son frère Simon vers 1938. (Archives familiales)

 

Au début de notre enquête

Lors de la Seconde Guerre mondiale, 6 millions de Juifs sont morts sur les 11 millions qui vivaient en Europe en 1939. Parmi ces morts, se trouvent tous les membres de la famille Dembicer qui vivaient à Metz avant 1939.

Nous sommes les 35 élèves de la classe de seconde 10 du lycée Louis Vincent de Metz. C’est pourquoi nous nous sommes intéressés à cette famille messine. Grâce à l’aide de Julia Ghisalberti, petite-cousine de Cécile et Simon Dembicer, nous avons pu obtenir de nombreux documents et informations. Elle a réalisé d’importantes recherches et nous a fait découvrir le livre de son grand-père Boumi Brunwasser, Sur le chemin de ma vie, dans lequel il mentionne les 26 membres de sa famille morts pendant la Shoah.

Première et quatrième de couverture du livre Sur le chemin de ma vie, de Boumi Brunwasser.
(Archives familiales)

Pages 80 et 81 du livre Sur le chemin de ma vie, de Boumi Brunwasser.
(Archives familiales)

 

Par ailleurs, nous avons eu la chance de travailler en collaboration avec des élèves du collège Jeanne d’Arc de la Roche-Chalais en Dordogne.

Enquête croisée Metz-Saint Michel de Rivière (collège-lycée)

Photo de la classe de troisième du collège Jeanne d’Arc de La Roche-Chalais et de son professeur d’histoire, M. Abdelli.
(année scolaire 2022-2023)

 

Article du journal Sud-Ouest du 28 septembre 2022 annonçant l’inauguration de stèles mémorielles à La Roche-Chalais le 8 octobre 1942.

Depuis le mois de septembre 2022, lorsque nous avons appris qu’il allait y avoir une journée commémorative le 8 octobre à Saint-Michel de Rivière, nous avons collaboré avec les collégiens de La Roche-Chalais. En effet La Roche-Chalais regroupe plusieurs anciennes communes dont Saint-Michel de Rivière où la famille Dembicer a vécu pendant la guerre. Avec nos camarades, nous avons organisé plusieurs visio-conférences. Ils ont mené une enquête auprès des habitants du village pour avoir des informations sur les Dembicer et sur les familles juives réfugiées pendant la guerre. Ils ont activement participé à la cérémonie du 8 octobre 2022 qui commémorait les 80 ans de la rafle de la salle philarmonique d’Angoulême et au cours de laquelle des stèles commémoratives ont été inaugurées. Parmi les quelque 200 personnes qui participaient à cette journée se trouvaient des survivants mais aussi Julia GHISALBERTI et plusieurs membres de sa famille. Cette collaboration nous a été d’une grande aide.

A Saint-Michel de Rivière, le 8 octobre, la cérémonie a débuté à 14 heures trente par l’inauguration de la stèle suivie des discours des élus, de la lecture des noms des victimes d’une minute de silence et d’un dépôt de fleurs. Des conférences d’historiens, des discours des membres des familles et des collégiens ont terminé cette journée.

On remercie énormément nos camarades pour ces mois passés à collaborer et à se tenir informés de nos découvertes mutuelles. Grâce à eux, à Julia et aux documents obtenus de nombreux services d’archives, nous avons pu reconstituer les grandes lignes de la vie de Cécile.

La vie de la famille à Metz jusqu’en 1940

Simon Dembicer est né le 7 juillet 1936 à l’hôpital Belle Isle de Metz comme sa sœur Cécile trois ans auparavant presque jour pour jour. Il est le deuxième enfant d’Israël et Rose Dembicer. Les parents de Simon, Rose et Israël, étaient tous deux des immigrés. Sa mère, Rose Brunwasser, était née à Bogdan, en Tchécoslovaquie, le 18 mars 1909, et avait immigré en France en 1926 avec ses parents et huit de ses frères et sœurs. Toute la famille avait logé au 37 rue de l’Arsenal, dans le quartier juif près de la synagogue. Le père de Rose, Zelig, qui était cordonnier, est décédé en 1931. Selon les documents, Rose était considérée comme couturière ou sans profession. Sur son acte de mariage, elle avait maladroitement signé son nom qu’elle avait orthographié « Brunsser », ce qui laisse supposer qu’elle maîtrisait mal l’écriture.

Israël Dembicer est né le 22 mars 1903 à Freystak (Pologne) il était tailleur d’habits. D’après sa fiche domiciliaire il a immigré à Metz le 2 septembre 1930. Lorsqu’il y arrive, il est célibataire. Tout d’abord, il emménage au 33 rue Pétain chez une veuve à qui il loue probablement une chambre. En juillet 1932, peu de temps avant son mariage avec Rose (célébré en mairie de Metz le 10 novembre 1932), il s’installe au 32 rue saint Médard puis en novembre au 18 rue Dupont des Loges. C’est à cette adresse que Simon a vécu ses premiers mois. Le 1er décembre 1936 cependant, les Dembicer quittent ce logement où ils sont remplacés par Sura Bruwasser, la mère de Rose. Ce déménagement s’explique probablement par l’agrandissement de la famille mais sans doute aussi par des problèmes de voisinage (expliqués dans la biographie de Cécile) qui ont valu aux Dembicer une expulsion du territoire national. Celle-ci n’a cependant pas été exécutée notamment parce que Rose était enceinte de Simon. La famille emménage alors au 8 rue du Faisan.

Israël et Rose ont gardé leurs nationalités d’origine. Contrairement à Cécile qui a été déclarée française après sa naissance, Simon reste polonais comme son père. Cela peut s’expliquer par une volonté de le faire échapper au service militaire français. Ce peut être aussi une conséquence de cette décision d’expulsion qui a fait prendre conscience à la famille que sa situation restait précaire en France.

Photo de mariage de Rose et Israël Dembicer.
(Archives familiales)

Acte de mariage de Rose et Israël Dembicer le 19 novembre 1932.
(Archives municipales de Metz)

Fiche domiciliaire d’Israël Dembicer.
(Archives municipales de Metz)

Nous ne disposons malheureusement d’aucun témoignage direct qui pourrait nous permettre de connaître la personnalité de Cécile, de Simon, ou de leurs parents, ni d’aucun document ou objet personnel. Par contre, il existe un certain nombre de photos qui suggèrent que les enfants étaient souriants, calmes et montrent qu’ils étaient toujours très bien habillés, ce qui peut se comprendre car leur père était tailleur. A Metz, ils vivaient à proximité de leur grand-mère maternelle, des frères et sœurs de leur mère et de nombreux cousins germains notamment Joseph et Jacques Tabak et les quatre garçons Sobel qui sont tous à peu près du même âge qu’eux. On peut donc supposer qu’ils ont eu une vie familiale joyeuse.

Photo de famille : Cécile, son frère et ses parents.
(Archives familiales)

Photo de Cécile et Simon.
(Archives familiales)

Après cette période relativement tranquille à Metz, la famille est confrontée à la Seconde Guerre mondiale.

La famille déplacée pendant la Seconde Guerre mondiale (1939-1942)

La Seconde Guerre mondiale est déclarée le 3 septembre 1939. Comme beaucoup de familles messines et notamment des familles juives, les Dembicer sont partis se réfugier à Royan en Charente Inférieure à une date que l’on ignore cependant.

  • La famille réfugiée à Royan (1940)

A Royan, nous disposons de plusieurs documents de recensement qui attestent de la présence de la famille Dembicer dans la deuxième moitié de 1940. Une grande partie de la famille de Rose y est aussi présente. On apprend que la famille loge dans une maison appelée « Carita » dans l’avenue de la Triloterie.

Israël n’est pas avec sa famille car il est engagé dans la légion étrangère en zone libre. C’est d’ailleurs son beau-frère Salomon Tabak qui signe la fiche de recensement à sa place. Hormis Cécile, les membres de la famille sont considérés comme apatrides.

Fiche de recensement de la famille Dembicer à Royan en 1940. (Archives départementales de Charente Maritime)

Fiche de recensement de la famille Dembicer à Royan en 1940. (Archives départementales de Charente Maritime)

Liste des engagés volontaires de septembre 1939 à mai 1940.
(site Mémoire des hommes)

En novembre 1940, les autorités allemandes interdisent le littoral atlantique aux juifs. La famille Dembicer est alors envoyée vers le petit village de Saint Michel de Rivière.

  • La famille déplacée à St Michel de Rivière (fin 1940/ fin 1942)

La commune de Saint Michel de Rivière se trouve en Dordogne occupée à quelques kilomètres de la ligne de démarcation. Grâce à l’enquête de nos camarades du collège Jeanne d’Arc, nous savons que 70 personnes juives étaient réfugiées dans les villages qui forment actuellement la commune de la Roche-Chalais.

Carte montrant la localisation de Saint Michel de Rivière pendant la Seconde Guerre mondiale.

A Saint Michel de Rivière, la famille occupe une petite maison. L’enquête des collégiens ne nous a pas permis d’apprendre plus de choses sur la famille en elle-même mais ils ont pu nous dire que les familles juives étaient bien intégrées à la vie du village, que les enfants étaient scolarisés et qu’ils jouaient et avaient noué des liens d’amitié avec les enfants de l’école. En 2018, Julia Ghisalberti avait rencontré M. Gautrias, décédé début 2023 celui-ci se souvenait bien d’Israël qu’il décrivait comme un homme avenant, jovial, bavard et il dit de lui qu’il continuait à exercer sa profession de tailleur au village. Rose était par contre beaucoup plus réservée, elle parlait assez mal le français.

Un recensement fait en juillet 1942 montre que Sura Brunwasser, la mère de Rose est également présente au village ainsi que la famille Kriegsmann dont la mère Ida semble être une cousine de Rose. Sura n’était cependant pas mentionnée dans le précédent recensement qui datait probablement de fin 1941. On sait par ailleurs que quelques semaines plus tard, elle est dans les Pyrénées Atlantiques avec son fils Willy et la famille de celui-ci qui vivait jusque-là à Angoulême. On peut supposer qu’après avoir récupéré sa mère à Saint-Michel de Rivière, Willy a franchi la ligne de démarcation et s’est fait arrêter à ce moment-là ou juste après.

Recensement des Juifs refoulés de Charente Inférieure à Saint Michel de Rivière en juillet 1942.
(Archives départementales de Dordogne).

Depuis le 8 octobre 2022, une stèle rend hommage à toutes les familles juives ayant vécu au village entre 1940 et 1942. Cette date n’a pas été choisie au hasard, elle commémore le 80ème anniversaire de la rafle d’Angoulême qui a bouleversé la vie de la famille Dembicer.


La stèle de Saint-Michel de Rivière
(photographie prise le 8 octobre 2022)

La famille disloquée (1942-1943)

  • La rafle d’Angoulême (8 octobre 1942)

Le 9 octobre 1942, au matin, Israël est arrêté par la gendarmerie française ainsi que les autres personnes juives du village pour être emmenés à la salle philharmonique d’Angoulême. Au total, 422 personnes de toute la Charente et de la Dordogne occupée sont rassemblées dans cette salle dans des conditions difficiles. Israël y retrouve la sœur de Rose, Léa Tabak avec son mari et leurs trois filles. Ils y restent quelques jours avant de partir pour Drancy le 15 octobre puis pour Auschwitz par le convoi 40 le 4 novembre 1942. Tous y meurent probablement dès leur arrivée. Rose étant enceinte, elle n’est pas arrêtée et reste au village avec ses deux enfants. L’enquête de nos camarades montre que les habitants du village ont été surpris de ne plus voir du jour au lendemain ces familles juives qui leur étaient devenues familières.

Plaque commémorative de la rafle de la salle philharmonique d’Angoulême du 8 octobre 1942.

Quelques mois plus tard, le 29 décembre 1942, Rose donne naissance à son deuxième fils Jacques. Cette naissance est enregistrée dans l’état-civil de Saint Michel de Rivière. Grâce au témoignage de M Gautrias on sait que Rose était en mauvaise santé et était aidée par une dame. Il s’agit probablement de Mme Bourdée, la sage-femme du village. Par ailleurs, le registre des délibérations du conseil municipal indique que le 11 avril 1943, l’aide médicale gratuite est accordée à Rose. On peut supposer qu’en l’absence totale de nouvelles de son mari, privée de revenus, seule avec trois jeunes enfants, éloignée de sa famille et entourée de personnes avec qui elle avait du mal à communiquer, Rose a vécu des mois très difficiles.

Acte de naissance de Jacques Dembicer le 29 décembre 1942 (Registre d’état-civil de Saint-Michel de Rivière)

 

Cette période, relativement paisible, cesse brutalement au début mai 1943.

  • Simon à Poitiers en mai 1943

On apprend que le 6 mai 1943, Rose et son bébé Jacques sont internés au camp de la route de Limoges à Poitiers tandis que Cécile est confiée à la famille d’une de ses tantes qui est française. Simon ne rejoint sa mère et son frère au camp que le 8 mai. On ignore où il était pendant ces deux journées et pourquoi il n’était pas avec eux. Il est probablement resté au village chez des voisins. On suppose qu’il existait une incertitude sur sa nationalité. A cette époque, ne devaient en effet a priori être internés que des Juifs français. Les autorités ont pu procéder à des vérifications pour savoir si Simon devait être interné ou placé dans une famille. Le 24 mai, Cécile est à son tour internée au camp de Poitiers. Elle retrouve donc sa mère et ses deux frères.

Extrait du registre du camp de Poitiers
(Archives départementales de la Vienne).

Fiche d’internement de Simon Dembicer au camp de Poitiers. (Archives départementales de la Vienne)

Lettre du directeur du camp de Poitiers informant le préfet de la Vienne de l’internement de Simon Dembicer.
(Archives du Mémorial de la Shoah)

Ces retrouvailles familiales sont de courte durée puisque Simon est transféré de Poitiers le 26 mai 1943 à Drancy en même temps que sa mère Rosa et son frère Jacques. Ce même jour, Cécile part pour le centre Lamarck.

  • Simon à Drancy

Cahier de mutation de Drancy à la date du 26 mai 1943.
(Archives du Mémorial de la Shoah)

Le cahier de mutation de Drancy montre que Rose et ses deux garçons portent trois numéros qui se succèdent et qu’ils sont logés ensemble. Ils ne restent cependant que trois jours ensemble puisque, dès le 29, Rose et le petit Jacques sont hospitalisés. Simon, qui n’a pas encore sept ans, ne voit plus jamais sa mère et son frère.

  • Rose et Jacques à l’hôpital Rothschild. 29 mai – 3 juillet 1943

Anna Tostivint, élève de troisième du collège François Villon de Saint-Fargeau-Ponthierry en Seine-et-Marne, effectue des recherches sur l’histoire d’Eugénie Yahia. Grâce à elle, nous avons appris que, depuis Drancy, Rose et son bébé avaient été admis à l’hôpital Rothschild du 29 mai au 3 juillet 1943.

Extrait du registre des admissions de l’hôpital Rothschild (Archives de l’AP-HP).

Photo de l’Hôpital Rothschild au début du XXe siècle.

 

Fondé en 1852, cet hôpital est placé sous une direction agréée par l’occupant allemand pendant la guerre et devient un centre de détention pour les malades juifs avant qu’ils ne soient déportés. Beaucoup de femmes juives y accouchaient. Ce n’est pas le cas de Rose mais cette hospitalisation confirme que, comme on l’avait vu à Saint-Michel-de-Rivière, elle était en mauvaise santé.

Plaque commémorative en l’honneur des internés juifs de l’hôpital Rothschild.

Sachant que Mmes Yahia et Dembicer ont été hospitalisées aux mêmes dates, Anna Tostivint nous a également fourni cette photo prise à l’hôpital où figurent Mme Yahia et son bébé. Il nous est alors apparu clairement que Rose est la dame tout à droite. C’est donc la dernière photo connue de Rose et la seule photo qui existe de Jacques. Jusqu’à présent personne n’avait de photo de lui. De ce fait, c’est un document particulièrement émouvant pour toute sa famille et pour nous. Cette photo où Rose apparaît souriante avec Jacques qui semble en bonne santé est d’autant plus émouvante qu’on sait que quelques semaines plus tard, le 18 juillet 1943, ils sont déportés sans retour par le convoi 57. Jacques n’a qu’un peu plus de six mois.

Photo prise à l’hôpital Rothschild en juin 1943. Rose et Jacques sont tout à droite.
(Mémorial de la Shoah)

  • Simon au centre Lamarck

Le destin des familles Dembicer et Yahia semble lié puisque le 12 juin 1943, Eugénie Yahia et Simon sont « libérés » de Drancy et intègrent le centre Lamarck à Paris près du sacré Cœur. C’est un foyer de l’Union Générale des Israélites de France (UGIF) destiné à accueillir des orphelins. On ignore pourquoi Simon, pourtant étranger, n’est pas déporté. Il ne retrouve cependant pas Cécile qui est partie, vraisemblablement pour Louveciennes, cinq jours auparavant. Par contre, ses cousins, Joseph et Jacques Tabak, sont dans ce foyer depuis quelques semaines.

Première fiche d’internement de Simon Dembicer à Drancy. (Mémorial de la Shoah)

Courrier du 9 juin 1943 de Leo Israelovicz informant la préfecture de police de la « libération » de Simon Dembicer et de deux autres enfants.
(Mémorial de la Shoah)

Procès-verbal des arrivées au centre Lamarck le 12 juin 1943. (Mémorial de la Shoah)

Registre du centre Lamarck.
(Archives du Centre Israélite de Montmartre)

Le 1er juillet, il quitte le centre Lamarck. En trois mois, c’est donc la quatrième fois qu’il est déplacé.

  • Simon à Louveciennes

Nous n’avons aucun document pour le confirmer mais c’est certainement à cette date que Simon entre au centre UGIF de Louveciennes et qu’il y retrouve sa sœur.

Nous disposons de quelques documents sur les mois passés par Simon au centre de Louveciennes dans le séjour Voisins jusqu’à fin 1943 puis dans une villa de la rue de la Paix à partir du 1er janvier 1944. Sur cette photo où on voit un groupe d’enfants dont certains n’ont séjourné au centre qu’en septembre 1943, on reconnaît Simon et sa sœur Cécile. C’est donc la dernière photo connue des deux enfants. Par contre, la directrice de l’école Leconte de Lisle n’a pas retrouvé de registres mentionnant la scolarisation de Simon dans son établissement. On sait aussi que leurs cousins germains, Joseph et Jacques Tabak ont passé le mois d’août 1943 à Louveciennes. Pour les quatre enfants, ces quelques semaines passées ensemble ont dû représenter une parenthèse heureuse au milieu de tous les bouleversements connus depuis 1940. Dans les archives du Mémorial de la Shoah, deux documents du 10 novembre 1943 nous rappellent les difficiles conditions de vie de l’époque. Ils se rapportent au rationnement qui limitait l’accès à un grand nombre de produits de base pour faire face aux pénuries. On y apprend que Simon faisait partie de la catégorie J2, celle des enfants de 5 à 12 ans. L’un concerne les cartes d’alimentation, l’autre indique que Simon était dépourvu de cartes de textile.

Photo prise à Louveciennes en septembre 1943.
(Collection Henry Schumann)

Liste référençant les cartes d’alimentation de certains enfants de Louveciennes le 10 novembre 1943.
(Mémorial de la Shoah)

 

Liste d’enfants du centre de Louveciennes démunis de cartes textiles le 10 novembre 1943.
(Mémorial de la Shoah)

 

L’arrestation et la déportation de Simon (juillet 1944)

Le matin du 22 juillet 1944, tous les enfants du centre de Louveciennes sont brutalement réveillés, arrêtés et envoyés à Drancy. Simon et sa sœur sont enregistrés et logent ensemble dans la chambre 3 de l’escalier 6. Tous les enfants des différents foyers de l’UGIF étant arrêtés sur ordre du commandant de Drancy, Aloïs Brunner, ils retrouvent ce même jour leur cousin Joseph Tabak arrêté au centre Secrétan puis le lendemain, son frère Jacques, arrêté à La Varenne.

Plaque commémorative de la rafle du 22 juillet 1944 apposée devant le séjour de Voisins à Louveciennes.

Deuxième fiche d’internement de Simon à Drancy.
(Mémorial de la Shoah)

Cahier de mutation du camp de Drancy à la date du 22 juillet 1944. (Mémorial de la Shoah)

Photo et plan du camp de Drancy
(Mémorial de la Shoah)

A Drancy, on sait que les conditions de vie au sein du camp étaient très difficiles entre mauvaise hygiène, mauvaise alimentation et incertitude quant à l’avenir, les maladies… Comme le montrent les documents ci-dessus, le camp était gardé par des gendarmes français qui étaient eux-mêmes sous la responsabilité du préfet de police de l’époque. Le lieu n’a pas été choisi par hasard. C’était un immeuble HBM (Habitations Bon Marché) encore en cours de construction en 1941.Sa forme de U permet de le transformer très facilement en centre de détention.

Le 31 juillet 1944, les quatre cousins font partie du convoi 77 à destination d’Auschwitz. Ils font un dernier passage près de Metz. Le train s’arrête en effet à Novéant, première gare mosellane, donc première gare allemande à l’époque, où il change de chauffeur et où la locomotive est réapprovisionnée. Le train arrive à Auschwitz le 3 août. Cécile, son frère et ses cousins y sont envoyés à la chambre à gaz. La date officielle de leur décès est fixée au 5 août 1944.

Photo de la stèle installée en 2016 près de la gare de Novéant en mémoire des convois de déportation qui se sont tous arrêtés là.

Contributeur(s)

Cette enquête a été réalisée par les élèves de Seconde 10 du lycée Louis Vincent à Metz, sous la direction de leur professeur d'Histoire-Géographie, M. Bruno Mandaroux, en coordination avec ses collègues documentalistes Marie-Hélène Michel et Gaëlle Chauveaux.
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