Paul GEVERTZ

1931-1944 | Naissance: | Arrestation: | Résidence:

Paul GEVERTZ

Ci-contre : Portrait de Paul Gevertz (Source : Mémorial de la Shoah).

Nous allons vous présenter un enfant juif parisien, arrêté pendant la période de la Seconde Guerre mondiale. Il se nommait Paul Jacob Gevertz.

La famille de Paul Gevertz

Paul Jacob Gevertz est né le 20 août 1931 à Paris dans le 10ème arrondissement. Il est l’aîné de cinq enfants, dont nous ne connaissons que deux noms : Jacques (né en 1938), Madeleine (née en 1940), tous nés à Paris. Sa mère s’appelle Rosa Henriette Goldeberg. Son père est Wolf Gevertz (né le 12 octobre 1902 à Varsovie, en Pologne). Paul est un juif français. Il habite au 1 rue Fernand Laborie à Paris.

Nous savons désormais que Paul a en réalité eu 4 frères et sœur :

  • Gérard (8 décembre 1932- )
  • Roger (18 avril 1934 – 14 mars 1936)
  • Henri (11 juillet 1936-08 avril 2026)
  • Jacques (11 septembre 1938 – 03 août 1944)
  • Madeleine (26 mai 1940- 03 août 1944)

1940-1944 : début de l’Occupation, être raflé

En 1940, Paul est âgé de neuf ans lorsque la Wehrmacht (l’armée du IIIe Reich allemand) occupe la capitale française.

Grâce au témoignage de son petit frère Gérard qui a échappé à la rafle et survécu à la guerre, nous avons obtenu de précieuses informations au sujet de Paul et de son quotidien pendant l’occupation.

Pendant l’Occupation allemande, les conditions de vie de la famille furent particulièrement difficiles. Gérard Gevertz se souvient d’un quotidien marqué par les privations, la peur et la clandestinité. Très souvent, leur mère envoyait Gérard et son frère Henri chercher de quoi manger. Dès quatre ou cinq heures du matin, ils attendaient devant les commerces dans l’espoir qu’une livraison de denrées alimentaires arrive à l’ouverture. Cependant, ces longues attentes se révélaient souvent infructueuses.

À cette époque, les enfants étaient tenus à l’écart des discussions concernant la guerre. Gérard explique que ses parents ne parlaient jamais de leurs activités clandestines devant leurs enfants. Pourtant, il garde le souvenir d’une existence constamment menacée.

L’année 1942 marque un tournant dans la vie de la famille avec l’imposition du port de l’étoile jaune aux Juifs. Gérard évoque alors une dégradation immédiate de son quotidien, notamment à l’école. Les insultes, les brimades et les violences physiques à l’encontre des enfants juifs deviennent fréquentes. Selon lui, ces comportements étaient largement influencés par les discours antisémites transmis au sein des familles, les enfants reproduisant ce qu’ils entendaient à la maison.

La peur des arrestations était omniprésente. Gérard se souvient notamment de la présence d’une caserne allemande à proximité de leur domicile. Lorsqu’il rentrait chez lui avec son frère et qu’une patrouille allemande apparaissait, ils se couchaient immédiatement dans le fossé ou sur le bas-côté de la route afin d’éviter d’être contrôlés ou arrêtés. Personne ne semblait prêt à leur ouvrir sa porte pour les protéger ; ils restaient parfois de longues heures cachés, attendant que le danger s’éloigne.

Face à l’intensification des persécutions, Wolf décida de mettre une partie de ses enfants à l’abri. Par l’intermédiaire de la Caisse de Compensation du Livre, une organisation d’entraide, il fit partir Henri et Gérard en Touraine, alors située en zone libre, accompagnés de leur cousine Micheline. Rosa, son épouse, demeura cependant à Paris avec les deux plus jeunes enfants : Jacques et Madeleine, ainsi qu’avec Paul l’aîné.

Paul resta auprès de ses parents dans la capitale car, selon le témoignage de Gérard, il participait déjà aux activités de résistance de son père. Âgé de seulement 12 ans, il aurait notamment contribué au transport d’armes destinées aux résistants. Ces armes étaient récupérées après des parachutages effectués sur des terrains vagues situés derrière la caserne de Clignancourt. Les enfants suscitant moins la méfiance que les adultes, Paul pouvait circuler plus facilement dans Paris pour acheminer ce matériel.

La chute de la famille semble avoir été provoquée par une dénonciation. Gérard rapporte qu’une femme appartenant au réseau de résistance de son père, chargée des liaisons entre les différents membres, fut arrêtée par les Allemands. Menacée de représailles contre son mari, elle aurait livré les noms de nombreuses personnes impliquées dans le réseau, parmi lesquelles Wolf. Cette arrestation survient à un moment crucial : à l’été 1944, les mouvements de résistance préparent activement la libération de Paris, ce qui explique la quantité d’informations dont elle disposait.

Le matin de la rafle qui frappa la famille, Wolf échappa toutefois à l’arrestation. Alors qu’il revint vers son domicile, il aperçut les Allemands se diriger vers son immeuble et comprit immédiatement ce qui était en train de se produire. Il fut alors confronté à un choix tragique : revenir auprès de sa femme et de ses enfants au risque d’être arrêté avec eux, ou prendre la fuite afin de poursuivre son combat dans la Résistance, tout en sachant qu’il ne reverrait probablement jamais les siens. Il choisit de continuer la lutte clandestine.

Rosa ainsi que ses enfants Paul, Jacques et Madeleine furent arrêtés à leur domicile de la rue Fernand-Labori lors de cette rafle.

Paul et sa famille sont raflés parce qu’ils sont juifs. Il y a des témoins de l’arrestation. Leur voisine de palier est témoin de l’arrestation[1]. Il est alors interné pendant dix jours au camp de Drancy, avec le matricule n°25 317.

Juillet-août 1944 : la déportation et la mise à mort

Le 31 juillet 1944, Paul, sa mère, son frère Jacques et sa sœur sont déportés dans le convoi 77, qui relie Drancy et Auschwitz, un camp de concentration et centre de mise à mort. Pendant la guerre, entre 1941 et 1944, Drancy est un site d’internement, principal lieu de déportation des juifs parisiens vers les camps et centres de mise à mort nazis.

En arrivant à Auschwitz le 5 août 1944, il est asphyxié par des gaz toxiques parce qu’il est trop jeune pour travailler. Auschwitz est le plus grand complexe concentrationnaire du IIIe Reich, situé dans la province de Silésie, à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest de Cracovie (dans la Pologne occupée).

Paul Gevertz est assassiné le 5 août 1944 à l’âge de 12 ans, presque à 13 ans. Il est l’une des victimes de la Shoah pendant la Seconde Guerre mondiale. Sa mère Rosa, son frère Jacques et sa sœur Madeleine meurent aussi à Auschwitz. On estime le nombre de victimes juives entre 5 et 6 millions de personnes.

Quelle reconnaissance de sa mort ?

Le 5 mars 1947, un acte officiel de décès est dressé dans l’état-civil de Paris.

En 1962, son père Wolf demande l’attribution du statut de « déporté politique » pour Paul, à titre posthume. Wolf survit donc à la guerre. Le 25 novembre 1963, le statut de « déporté politique » est accordé à Paul Gevertz par le Ministère des anciens combattants et victimes de guerre.

Paul obtient également la mention de « Mort pour la France », mention qui est attribuée lorsqu’on a la preuve que le décès est imputable à un fait de guerre, pendant le conflit ou ultérieurement.

Le nom de Paul Gevertz est sur le Mur des déportés à Paris, au Mémorial de la Shoah. On peut le trouver sur la dalle n°14, colonne n°5, rangée n°2, à côté de Rosa, Jacques et Madeleine :

Les noms de la famille Gevertz sur le Mur des Noms (Source : Mémorial de la Shoah, Paris).

Ce mur est composé d’un ensemble de trois murs en pierre où sont gravés les noms, prénoms et années de naissance des 76 000 juifs déportés de France, dont 11 400 enfants, par les nazis. Ce nombre important s’explique par le choix de la collaboration du gouvernement de Vichy (juillet 1940 – août 1944), dirigé par Philippe Pétain.

Biographie actualisée grâce aux recherches (sur les autres membres de la famille Gevertz déportés par le convoi 77) des élèves de Terminales G2 du lycée Raoul Dautry de Limoges et de leur professeure Amélie Burguet. Année scolaire 2025-2026.

Sources

[1] Son nom est cité par Wolf Gevertz dans le dossier déposé pour l’attribution du titre de Déporté politique de Paul, in SHD Caen/DAVCC, dossier P 455 197. Cette rafle a arrêté également les six membres de la famille Hoffmann, arrivés un quart d’heure avant la famille Gevertz au dépôt de la préfecture de police, également amenés par la « police aux Affaires Juives ». Mayer et Bruna Gurschbarg et Berthe (Brucha) Blindermann sont, quant à eux, arrivés en même temps que Paul, sa mère, son frère et sa sœur. Tous sont conduits au camp de Drancy à 15 h 30, convoyés par l’agent de la police française Julien. Trois jours plus tard, les enfants verront arrivés André, Claude et Marie Bacry, qui vivaient à la même adresse avant d’être confiés à l’UGIF, et d’être raflés à leur tour dans la maison d’enfants de la rue Secrétan. En tout, ce sont seize personnes, dont neuf enfants, ayant vécu dans ce bâtiment du 1 rue Fernand-Labori qui se retrouveront déportées à Auschwitz par le convoi 77.

[2]  Source : SHD, AC 21 P 455 197, Dossier individuel de Paul, Jacob Gevertz.

Liens

  1. https://ressources.memorialdelashoah.org/notice.php?q=fulltext%3A%28gevertz%29%20AND%20id_pers%3A%28%2A%29&spec_expand=1&start=0
  2. https://ressources.memorialdelashoah.org/notice.php?q=fulltext%3A%28gevertz%29%20AND%20id_pers%3A%28%2A%29&spec_expand=1&start=1
  3. https://ressources.memorialdelashoah.org/notice.php?q=fulltext%3A%28gevertz%29%20AND%20id_pers%3A%28%2A%29&spec_expand=1&start=6
  4. https://ressources.memorialdelashoah.org/notice.php?q=fulltext%3A%28gevertz%29%20AND%20id_pers%3A%28%2A%29&spec_expand=1&start=5

Les biographies de déportés réalisées par les élèves du Collège Fernand-Léger, Vierzon (18100), avec leur professeure d’histoire-géographie, Mme Mahieu

 

This biography of Paul GEVERTZ has been translated into English.

Contributeur(s)

Lindsay, Océane, Anna, Zia, Liam, Iness, Maëlys en 3e U2, année scolaire 2022-2023, Collège Fernand-Léger, Vierzon (18100), avec leur professeure d’histoire-géographie, Mme Mahieu.

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